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Mortalité postopératoire : beaucoup plus élevée qu’on ne le pense

Publié le 24/09/2012   |  6 réactions Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Si la mortalité après chirurgie cardiaque est l’objet d’innombrables  publications (elle est évaluée à moins de 2 % en moyenne), aussi étrange que cela puisse paraître, on dispose de peu de données sur la mortalité après chirurgie non cardiaque. Quelques rares travaux nationaux ont donné des chiffres de 1,3 % à 2 %, mais il ne s’agissait en règle générale ni d’études exhaustives, ni d’évaluations prospectives.

EuSOS (pour European Surgical Outcomes Study) est une étude internationale prospective qui permet d’en savoir plus sur la réalité du terrain en Europe. Ce travail conduit sous l’égide des Sociétés européennes de réanimation et d’anesthésie a consisté à collecter des données concernant tous les patients de plus de 16 ans opérés durant une semaine (entre le 4 et le 11 avril 2011) dans 498 centres répartis dans 28 pays européens. Etaient exclus de l’étude les sujets devant bénéficier d’une intervention cardiaque, neurochirurgicale ou obstétricale, d’une chirurgie ambulatoire ou d’un acte de radiologie interventionnelle, ces divers gestes étant généralement conduits dans des circuits spécialisés différents de ceux de la chirurgie générale.

Sur les 46 543 dossiers utilisables, la mortalité hospitalière, la durée de l’hospitalisation et le taux d’admission en réanimation ont été principalement colligés.

2 % de morts en Suisse, 17,9 % en Pologne !

Le premier enseignement de ce travail unique en son genre est que la mortalité hospitalière est plus élevée que ce que l’on estimait jusqu’ici puisqu’elle s’est établie à 4 % en moyenne. Sans vouloir noircir le tableau, il faut peut-être souligner ici le fait que ces résultats ne reflètent pas toute la réalité puisque les 498 centres ayant participé à l’étude étaient tous volontaires et souvent des CHU et que l’on peut supposer que dans des hôpitaux plus petits, la mortalité puisse être plus élevée encore.

Sans surprise, cette mortalité brute était globalement corrélée à la lourdeur de l’intervention, à l’urgence de l’acte opératoire (multipliée par 3,2 pour la chirurgie en extrême urgence), à la spécialité (par exemple plus de deux fois plus élevée pour les interventions vasculaires que pour la chirurgie du sein), à la présence de co-morbidités (notons un risque multiplié par près de 4 en cas de cirrhose) ou au score ASA (échelle de gravité de l’American Society of Anesthesiologist).   

Nettement plus dérangeante est la constatation de la très grande disparité de la mortalité hospitalière postopératoire en Europe. Ainsi, la mortalité hospitalière brute qui est de 1,2 % en Islande culmine à 21,5 % en Lettonie ! La France se situe dans la moyenne de ce « palmarès » avec une mortalité brute de 3,2 %, un peu supérieure à celle de l’Allemagne (2,5 %) et légèrement inférieure à celle du Royaume-Uni (3,6 %). Schématiquement, les pays riches d’Europe occidentale ont les taux de mortalité les plus bas tandis que les chiffres les plus élevés s’observent en Europe centrale et de l’Est (11,2 % en Slovaquie, 17,9 % en Pologne…) avec toutefois une exception pour la République Tchèque (2,3 %). Pour certains pays, ces différences intra-européennes sont cependant un peu atténuées lorsque les résultats sont ajustés par les facteurs connus pour influencer la mortalité postopératoire.

La qualité du système de soins et les moyens qui lui sont consacrés semblent donc grossièrement des facteurs tout aussi déterminants de la mortalité hospitalière que les éléments dépendant de la pathologie concernée ou du patient lui-même.

Des lits de réanimation insuffisants

A côté de ces différences criantes de mortalité, EuSOS met en lumière des utilisations très variables de la réanimation postopératoire en Europe. Ainsi, en Allemagne, 11,6 % des patients sont admis en réanimation après l’intervention contre 2 % en Pologne et 5,8 % en France. Ces variations s’expliquent en partie par les définitions différentes selon les Etats de ce qu’est un service de réanimation et de l’existence de salle de réveil qui font office de services de soins intensifs dans certains pays. Malgré ces réserves il faut constater avec Rupert Pearse et coll., qui signent cette étude, que l’utilisation des services de réanimation est loin d’être optimale en postopératoire puisque parmi des patients qui sont décédés, 73 % n’ont à aucun moment de leur hospitalisation séjourné en réanimation. 

Améliorer cette situation préoccupante impose des efforts importants dans plusieurs directions, efforts rendus d’autant plus difficiles que nombre des pays européens sont frappés par la crise.

Pour la plupart des anciens pays du bloc soviétique, des investissements massifs dans la modernisation et la qualité des systèmes de soins sont sans doute prioritaires.

Pour les Etats d’Europe occidentale, un plus grand nombre de lits de réanimation et une meilleure utilisation des services existants semblent des pistes à suivre. En prenant peut-être exemple sur la chirurgie cardiaque au décours de laquelle, malgré la lourdeur du geste opératoire, la mortalité est relativement limitée en partie grâce à un séjour en réanimation programmé pour la quasi-totalité des patients. 



Dr Anastasia Roublev


Pearse R et coll.: Mortality after surgery in Europe : a 7 day cohort study. Lancet 2012; 380: 1059-65.




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Vos réactions

Petits hopitaux et mortalité post-opératoire

Le 24 septembre 2012

Le texte laisse supposer que la mortalité dans les petits centres est plus élevée... Ce n'est pas sûr : les petits hopitaux prennent en charge moins de pathologie lourde ou rare et rien ne dit que la qualité des soins chirurgicaux y est moindre que dans les CHU.
Julien Berthaud
geriatre

Attention aux statistiques

Le 24 septembre 2012

Attention aux statistiques. Prenez deux services de chirurgie cardiaque séparés de 150 kms. L’un a choisi, vu le contexte judicaire, d’éviter les interventions trop lourdes et très dangereuses, de sorte que son pourcentage de mortalité post-opératoire reste bas proche de la moyenne de 1,5 % comme presque tous les autres : 2 % !
Et, l’autre, qui reçoit des cas désespérés, rejetés de partout ailleurs, dont le chef de service prévient les malades graves, que, sans intervention, la survie est improbable et que si l’on opère, la survie est, au mieux, de 50 %. Il aura ainsi une mortalité de 50 %, mais aussi le courage de tout faire et la satisfaction de quelques familles et de quelques médecins de famille : sa réputation et son taux de mortalité augmentent !
A faire des moyennes entre ces deux services, on risque fort de le démettre de ses fonctions, au grand dam des médecins de la région et des familles abandonnées du seul fait de statistiques.
Claude Bernard, le fondateur de la médecine expérimentale, celle que Robert Debré retiendra pour fonder les CHU en 1958, a beaucoup écrit pour écarter, et de la biologie et de la médecine, la méthode statistique et les calculs. Selon lui, les observations statistiques n'ont rien à voir dans le domaine de la science sévère.
Je le cite ! « Les conclusions de la science doivent être précises, constantes. La statistique, qui n'est que l'empirisme généralisé, est déplacée en biologie aussi bien que dans la physique. Les moyennes entre des résultats contraires, entre des affirmations opposées ne peuvent avoir ni valeur ni signification. Si les expériences aboutissent à des conclusions différentes, c'est que de l'une à l'autre il y a eu intervention de circonstances nouvelles qui ont changé le sens du phénomène. Ce sont ces circonstances qu'il faut déterminer. Il faut savoir se placer dans des situations identiques pour avoir des résultats comparables; et lorsque la situation varie, il faut savoir que l'élément de perturbation est aussi introduit. »
Nous arrivons ainsi à notre conclusion, qui va surprendre plus d’un. Je me place sous l’autorité d’Henri Laborit. On ne guérit pas d’une maladie. La maladie n’est qu’un pacte passé entre la vie et la mort, un sursis qui nous est accordé aux prix de séquelles que nous portons (cicatrices après interventions, anticorps après une angine, etc.), afin de permettre à l’organisme de survivre un peu plus. Les médicaments ou les interventions ne sont que des petits moyens pas toujours efficaces ajoutant ou non un bénéfice à ce pacte. Il faut bien mourir un jour et quelque part, et l’hôpital est fait pour cela. Il faut l’admettre !
Ce n’est pas que j’aie vraiment peur de mourir, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera." (Woody Allen).

Dr Jean Doremieux

Les statistiques ne s'appliquent pas à un individu

Le 24 septembre 2012

Je me méfie de ces statistiques : 500 hopitaux pendant une semaine, et on tire des conclusions !
Prenez ces 500 hopitaux pendant 1 an, et on affine le facteur "hôpital" (l'un qui opère 1000 patients et l'autre 10 000).
Prenez surtout les mêmes malades ! Par exemple l'appendicectomie, traitée différemment en France et chez les anglo-saxons dans des systèmes de santé différents (ou les blessures par balles aux US versus en Europe), et encore mieux avec un groupe témoin non opéré !Exemple des prothèses de hanche 2 fois plus nombreuses au Luxembourg qu'en France !).
Bref : une étude qui n'a aucun intérêt scientifique comme le dit fort bien notre confrère qui réagit comme moi à cette pseudo-science.
Les statistiques ne s'appliquent pas à un individu (dire :"vous avez 20 % de risque de mourir" est une ânerie; il faut dire "si j'ai 100 patients comme vous, 20 vont mourir" d'après MES statistiques).
Les statistiques ne s'appliquent pas non plus bêtement à un hôpital ou un pays !

Dr F.Chassaing

Comparer ce qui est comparable

Le 25 septembre 2012

Si la morbidité et la mortalité post-op sont relativement connues en chirurgie cardiaque, c'est gràce à la volonté(et la persévérance)de quelques membres de la Société Française de Chirurgie Thoracique et Cardio- Vasculaire(SFCTCV)qui se sont attachés depuis 20 ans (1° étude collective en 1993) à trouver des critères de gravité qui permettent de comparer ce qui est comparable pour éviter le phénomène dénoncé plus haut qui consiste à refuser d'opérer les cas les plus risqués pour ne pas ternir ses résultats.Ce travail avait déjà été initié par un chirurgien Américain : Parsonnet dont le score est apparu trop peu discriminant,les chirurgiens Européens(surtout à l'origine les Anglais et les Français) ont mis au point L'EUROSCORE 1 puis actuellement 2 qui permet à la fois de faire une estimation du risque(indispensable pour l'information du patient)et de classer les patients selon leur gravité et ainsi avoir la possibilité (le jour où l'évaluation deviendra obligatoire et l'anonymat levé) de comparer les résultats de différentes équipes avec des critères objectifs. Cette démarche peut s'appliquer à tous les types de chirurgie.

Professeur Michel David.Médiateur du CHU de Dijon, Expert de la SFCTCV auprès de l'HAS.

Faire la part des choses

Le 03 octobre 2012

Analyser la mortalité opératoire est loin d'être facile, ne serait-ce que pour faire la part des choses entre les responsabilités de la pathologie chirurgicale en cours, celles des co-morbidités associées, des "erreurs-système" au niveau des structures,des fautes avérées ou supposées de l'équipe médico-chirurgicale ou d'un ou plusieurs de ses membres. Les conclusions auxquelles on aboutit peuvent varier selon le poids qu'on attribue volontairement ou non à ces divers éléments... et éventuellement selon ce que les auteurs des publications tentent de prouver...
Il est difficile de trouver deux publications sur ce sujet qui "parlent" de la même chose... et il n'est pas étonnant de noter des écarts importants d'une publication à l'autre.
Mais rien ne vous empêche d'essayer de trouver une vérité qui jusqu'à présent échappe à tout le monde et qui restera de toute façon la vôtre... Bon courage

Dr J-F Huet
Anesthésiste-Réanimateur

La mortalité opératoire est également élevée en chirurgie cardiaque

Le 13 octobre 2012

Certes sur une population ciblée (ex pontage coronaire chez un patient sans facteurs de risque opératoire)la mortalité opératoire est faible mais dans la vraie vie, avec des malades fragiles, récusés pour l'angioplastie,la mortalité opératoire en chirurgie cardiaque en île de France serait de 5%.

Pascal Wyart

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