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Astigmatisme chez l'enfant : penser au kératocône

Publié le 24/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le kératocône est une ectasie cornéenne bilatérale, asymétrique, non inflammatoire qui survient le plus souvent à la puberté et progresse jusqu'à environ 30 à 40 ans avant de se stabiliser. L'âge moyen au moment du diagnostic est de 27 ans mais le kératocône peut s’observer avant 20 ans. Apparaissant généralement après le développement de la fonction visuelle, il est rarement responsable d'une amblyopie mais serait cependant à l'origine de 15 à 20 % de l'ensemble des greffes cornéennes réalisées chez l'enfant. D'après certaines études, le jeune âge au moment du diagnostic semble être associé à des formes plus sévères et une progression plus rapide de la maladie avec un risque accru de développer une opacité cornéenne justifiant une greffe de cornée. C'est tout l'enjeu de la précocité du diagnostic chez ces enfants qui peuvent aujourd'hui bénéficier des nouvelles avancées thérapeutiques : alors que pendant de nombreuses années, en cas d'échec des lentilles de contact, la kératoplastie était la seule option thérapeutique, différentes techniques ont été développées au cours de la dernière décennie, telles que les anneaux intracornéens, le cross-linking du collagène cornéen, la kératoplastie lamellaire, la kératectomie photoréfractive…

Aussi, l'équipe bordelaise du Centre National de Référence pour le Kératocône (CRNK) s'est-elle donné pour objectif d'évaluer la gravité du kératocône au moment du diagnostic et son évolutivité chez les enfants (âge ≤ 15 ans) en comparaison avec ce qui est observé chez les adultes (âge ≥ 27 ans). Au total, 216 patients ayant pu être suivis pendant 2 ans après le diagnostic ont été inclus dans cette étude rétrospective comprenant 49 enfants (22,7 %) et 167 adultes (77,3 %). La gravité au moment du diagnostic a été évaluée selon la classification de Krumeich, et l'évolutivité selon les critères de la FDA (2010).

Les enjeux d'une détection précoce chez l'enfant

L'âge moyen des enfants au moment du diagnostic était de 13,1 ans (6 à 15 ans) tandis que pour les patients adultes, il était de 37,2 ans (27 à 74 ans) avec une prédominance masculine dans les 2 groupes.

Le kératocône chez les enfants était significativement plus avancé au moment du diagnostic avec 27,8 % de stade 4 vs 7,8 % chez les adultes (p < 0,0001). Les signes ophtalmoscopiques (essentiellement stries de Vogt et anneau de Fleischer) ont été plus fréquents dans le groupe des enfants (42,9 % vs 29,5 %, p = 0,05) et les valeurs moyennes de la kératométrie (maximale, moyenne et minimale) ainsi que de l'astigmatisme simulé y étaient plus élevées. L'asymétrie du kératocône était également plus importante chez les enfants (p < 0,0001), avec une différence moyenne de kératométrie maximale de 7,32 dioptries chez les enfants vs 3,25 chez les adultes. A partir du diagnostic, l'évolution du kératocône n'a pas été plus fréquente chez les enfants (38,4 % vs 30,1 %, p = 0,17). Cependant, en cas de progression, l'évolution a été plus rapide et plus sévère chez les jeunes patients, en particulier aux stades initiaux, avec des différences significatives sur l'équivalent sphérique et les kératométries maximale et minimale. Si l'hypothèse d'une progression "explosive" du kératocône ne peut être écartée, le diagnostic tardif chez les enfants peut s'expliquer par la rareté des plaintes fonctionnelles chez les jeunes enfants, et par le fait que la perte visuelle est le plus souvent unilatérale ou très asymétrique. De plus, les aberrations cornéennes induites par le kératocône semblent partiellement compensées chez les jeunes patients grâce à leurs facultés accommodatives.

En raison de ce risque de progression rapide, la détection précoce du kératocône est cruciale. Une topographie cornéenne, complétée, le cas échéant, par une aberrométrie et une analyse fine des propriétés biomécaniques de la cornée doit être systématiquement réalisée chez les enfants qui présentent un astigmatisme cornéen d'apparition récente, même en l'absence de manifestations fonctionnelles. Tout signe d'évolutivité doit conduire à proposer les mesures thérapeutiques appropriées, d'autant que de nouvelles options existent aujourd'hui avec, notamment, le cross-linking du collagène cornéen.



Dr FH


Léoni-Mesplié S, Mortemousque B, Touboul D, et coll. : Scalability and severity of keratoconus in children. Am J Ophthalmol 2012;154:56-62.


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