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La confiance dans les essais thérapeutiques dépend de qui finance

Publié le 24/09/2012   |  2 réactions Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Une grande proportion d’essais cliniques portant sur de nouvelles thérapeutiques est financée par l’industrie pharmaceutique.

Ce soutien financier affecte-t-il la confiance que les praticiens accordent aux résultats de ces études ?

Souvent évoquée, cette question n’avait pas été jusqu’alors abordée scientifiquement.

C’est la raison pour laquelle Kesselheim et coll. ont tenté d’y répondre dans une étude randomisée, menée auprès de 503 médecins internistes libéraux, volontaires, recrutés par randomisation.

À ces praticiens ont été présentés les 27 résumés (abstracts) décrivant le protocole et les résultats d’essais cliniques fictifs concernant 3 médicaments imaginaires destinés au traitement de patients dyslipidémiques (intolérants aux statines), diabétiques (mal contrôlés par les hypoglycémiants oraux et refusant l’insulinothérapie) ou coronariens pluritronculaires, non revascularisables (déjà traités de façon optimale notamment par les bêtabloquants).

Trois niveaux de rigueur et trois types de financement

La rigueur méthodologique de ces essais cliniques randomisés, était qualifiée de grande (double-aveugle, 5 322 patients, suivi : 36 mois), moyenne (simple aveugle, 964 patients, suivi : 12 mois) ou faible (étude ouverte, 483 patients, suivi : 4 mois) ; de plus, l’origine du financement de chaque essai était précisé, à savoir industrie pharmaceutique, NIH (National Institutes of Health, célèbre centre de recherche aux Etats-Unis) ou absence de mention de l’origine du soutien financier. Pour ces 2 facteurs (rigueur et financement), l’une des 3 variations possibles sus-citées a été sélectionnée par randomisation puis incluse dans les 27 abstracts (chacune des 3 médications, ayant ainsi fait l’objet de 9 abstracts).

Un questionnaire proposé aux médecins évaluait leur appréciation du degré de rigueur méthodologique, leur confiance dans les résultats de l’étude et en conséquence, leur intention de prescrire possiblement le médicament.

Les 269 médecins (53,5 %) qui ont répondu au questionnaire ont apprécié correctement le degré de rigueur méthodologique. Ils ont déclaré être moins enclins à prescrire un médicament testé dans un essai de faible rigueur méthodologique que dans un essai de degré de rigueur moyen (odds ratio [OR] 0,64; intervalle de confiance [IC] 95 % [0,46 à 0,89]; p = 0,008) ; dans cette même logique, ils ont dit être plus enclins à prescrire une médication testée dans un essai de grande rigueur méthodologique que dans un essai de degré de rigueur moyen (OR 3,07; IC 95 %, [2,18 à 4,32]; p <0,001).

Le NIH mieux considéré que l’industrie

Comparé à l’absence d’information sur le financement, la mention d’un financement par l’ industrie pharmaceutique conduisait les médecins à attribuer à l’essai une valeur méthodologique moindre (OR 0,63; IC 95 % [0,46 à 0,87]; p = 0,006), à avoir moins confiance en ses résultats (OR 0,71; IC 95% [0,51 à 0,98]; p = 0,04) ; ils signalaient ensuite être moins tentés de prescrire la drogue hypothétique concernée (OR 0,68; IC 95 %[ 0,49 à 0,94]; p = 0,02).

Enfin, les médecins se disaient deux fois moins disposés à prescrire un médicament évalué dans un essai financé par l’industrie pharmaceutique (vs financé par le NIH) (OR 0,52; IC 95% [0,37 à 0,71]; p <0,001) et ce, quel que soit le niveau de rigueur méthodologique.

En conclusion, les médecins discernent correctement le niveau de rigueur méthodologique d’un essai clinique thérapeutique. Ils sont sensibles aux sources de son financement. Le fait que l’étude soit financée par l’industrie pharmaceutique influence négativement leur perception de la qualité méthodologique de l’étude et la confiance en ses conclusions et ce, quelle que soit sa qualité. Cela a très probablement des conséquences sur leur inclination à prescrire le traitement étudié.



Dr Robert Haïat


Kesselheim AS et coll.: A Randomized Study of How Physicians Interpret Research Funding Disclosures. N Engl J Med 2012; 367:1119-27.



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Vos réactions

Une question

Le 25 septembre 2012

Cette étude est-elle indépendante ou financée par l'industrie ?

Alain Siary

Conclusion prématurée

Le 02 octobre 2012

Entre la lecture d'un article, le biais de réponse lié à l'enquête même (pressentir les réponses attendues ), et la prescription, il y a de nombreuses étapes, notamment l'accès aux données, l'impact de la communication notamment des facteurs indépendant des critères jugés dans cette étude. Je pense donc que ces étapes sont loin d'être toutes évaluées et que la conclusion du résumé est prématurée.

Priscille Bourquelot

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