Une grande proportion d’essais cliniques portant sur de
nouvelles thérapeutiques est financée par l’industrie
pharmaceutique.
Ce soutien financier affecte-t-il la confiance que les
praticiens accordent aux résultats de ces études ?
Souvent évoquée, cette question n’avait pas été jusqu’alors
abordée scientifiquement.
C’est la raison pour laquelle Kesselheim et coll. ont tenté d’y
répondre dans une étude randomisée, menée auprès de 503 médecins
internistes libéraux, volontaires, recrutés par randomisation.
À ces praticiens ont été présentés les 27 résumés (abstracts)
décrivant le protocole et les résultats d’essais cliniques fictifs
concernant 3 médicaments imaginaires destinés au traitement de
patients dyslipidémiques (intolérants aux statines), diabétiques
(mal contrôlés par les hypoglycémiants oraux et refusant
l’insulinothérapie) ou coronariens pluritronculaires, non
revascularisables (déjà traités de façon optimale notamment par les
bêtabloquants).
Trois niveaux de rigueur et trois types de financement
La rigueur méthodologique de ces essais cliniques randomisés,
était qualifiée de grande (double-aveugle, 5 322 patients, suivi :
36 mois), moyenne (simple aveugle, 964 patients, suivi : 12 mois)
ou faible (étude ouverte, 483 patients, suivi : 4 mois) ; de plus,
l’origine du financement de chaque essai était précisé, à savoir
industrie pharmaceutique, NIH (National Institutes of Health,
célèbre centre de recherche aux Etats-Unis) ou absence de mention
de l’origine du soutien financier. Pour ces 2 facteurs (rigueur et
financement), l’une des 3 variations possibles sus-citées a été
sélectionnée par randomisation puis incluse dans les 27 abstracts
(chacune des 3 médications, ayant ainsi fait l’objet de 9
abstracts).
Un questionnaire proposé aux médecins évaluait leur appréciation
du degré de rigueur méthodologique, leur confiance dans les
résultats de l’étude et en conséquence, leur intention de prescrire
possiblement le médicament.
Les 269 médecins (53,5 %) qui ont répondu au questionnaire ont
apprécié correctement le degré de rigueur méthodologique. Ils ont
déclaré être moins enclins à prescrire un médicament testé dans un
essai de faible rigueur méthodologique que dans un essai de degré
de rigueur moyen (odds ratio [OR] 0,64; intervalle de confiance
[IC] 95 % [0,46 à 0,89]; p = 0,008) ; dans cette même logique, ils
ont dit être plus enclins à prescrire une médication testée dans un
essai de grande rigueur méthodologique que dans un essai de degré
de rigueur moyen (OR 3,07; IC 95 %, [2,18 à 4,32]; p
<0,001).
Le NIH mieux considéré que l’industrie
Comparé à l’absence d’information sur le financement, la mention
d’un financement par l’ industrie pharmaceutique conduisait les
médecins à attribuer à l’essai une valeur méthodologique moindre
(OR 0,63; IC 95 % [0,46 à 0,87]; p = 0,006), à avoir moins
confiance en ses résultats (OR 0,71; IC 95% [0,51 à 0,98]; p =
0,04) ; ils signalaient ensuite être moins tentés de prescrire la
drogue hypothétique concernée (OR 0,68; IC 95 %[ 0,49 à 0,94]; p =
0,02).
Enfin, les médecins se disaient deux fois moins disposés à
prescrire un médicament évalué dans un essai financé par
l’industrie pharmaceutique (vs financé par le NIH) (OR 0,52; IC 95%
[0,37 à 0,71]; p <0,001) et ce, quel que soit le niveau de
rigueur méthodologique.
En conclusion, les médecins discernent correctement le niveau de
rigueur méthodologique d’un essai clinique thérapeutique. Ils sont
sensibles aux sources de son financement. Le fait que l’étude soit
financée par l’industrie pharmaceutique influence négativement leur
perception de la qualité méthodologique de l’étude et la confiance
en ses conclusions et ce, quelle que soit sa qualité. Cela a très
probablement des conséquences sur leur inclination à prescrire le
traitement étudié.
Dr Robert Haïat
Kesselheim AS et coll.: A Randomized Study of How Physicians Interpret Research Funding Disclosures. N Engl J Med 2012; 367:1119-27.
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Vos réactions |
Une question
Le 25 septembre 2012
Cette étude est-elle indépendante ou financée par l'industrie ?
Alain Siary
Conclusion prématurée
Le 02 octobre 2012
Entre la lecture d'un article, le biais de réponse lié à l'enquête même (pressentir les réponses attendues ), et la prescription, il y a de nombreuses étapes, notamment l'accès aux données, l'impact de la communication notamment des facteurs indépendant des critères jugés dans cette étude. Je pense donc que ces étapes sont loin d'être toutes évaluées et que la conclusion du résumé est prématurée.
Priscille Bourquelot
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