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Le « gut feeling », rien à voir avec l’intestin, mais tout avec l’instinct !

Publié le 27/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

A l’exact opposé des principes de l’Evidence Based Medicine se développe, venu de Hollande, le concept du « gut feeling » (que l’on pourrait traduire au plus près par « sentiment viscéral »). Recouvrant les éléments subjectifs intervenant dans la prise de décision, « intuition », « impression » ou encore « conviction », il s’applique principalement à la pratique du médecin généraliste. Certains le considèrent comme un outil à part entière dans le processus d’élaboration du diagnostic, autant dans le sens d’une réassurance (« sentiment » positif) que d’une alarme (« sentiment » négatif) et le concept fait depuis quelques années l’objet de nombreux travaux. Il paraît en effet important de comprendre la part prise par le « gut feeling » dans le processus de la décision médicale et la valeur qui peut lui être accordée.

Une équipe belge a cherché à apprécier ce que peut apporter de plus, au cours de l’examen d’un enfant, l’intuition que l’enfant présente une infection plus grave que ce que suggère l’examen clinique objectif. Au total 3 890 enfants, âgés de 0 à 16 ans, et amenés par leurs parents chez le médecin généraliste ont été inclus. Ils présentaient un syndrome infectieux depuis moins de 5 jours. L’examen clinique concluait à une infection peu sévère chez 3 369 enfants. Six d’entre eux (0,2 %) ont pourtant été hospitalisés les jours suivants pour une infection sévère. Il apparaît que si les médecins consultés avaient écouté leur intuition que « quelque chose n’allait pas », malgré un examen clinique rassurant, 2 diagnostics d’infection sévère auraient été posés plus rapidement, en provoquant toutefois 44 « fausses alertes » (chiffre que les auteurs ne jugent pas « ingérable »).

Les auteurs ont comparé la spécificité de l’examen clinique et du « gut feeling ». Ils en concluent que dans cette étude, le « gut feeling » serait plus spécifique, quel que soit l’âge de l’enfant, le diagnostic et l’expérience du médecin (98 % vs 92 %).

C’est l’inquiétude des parents qui semble finalement avoir eu le plus d’influence pour faire naître l’intuition d’un problème plus sérieux que ne le laissait apparaître l’examen clinique, mais aussi l’apparence générale de l’enfant et dans une moindre mesure des antécédents de convulsions, une perte de poids ou une respiration « anormale ».

Les auteurs estiment que les praticiens devraient exploiter un peu plus ce qu’ils considèrent comme un outil pour améliorer leur démarche diagnostique, à la condition de réfléchir plus spécifiquement à ce qui préside à l’élaboration de ces intuitions. Un concept qui était probablement l’un des constituants de ce fameux « sens clinique », qui paraît aujourd’hui un peu désuet, relégué aux oubliettes par la consécration de l’Evidence Based Medicine.



Dr Roseline Péluchon


Van den Bruel A. et coll. : Clinicians’ gut feeling about serious infections in children: observational study. BMJ 2012; 345 :e6144



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