L’effet bénéfique supposé des oméga 3 pour l’appareil
cardiovasculaire (CV) semblait à ce point crédible que des
allégations nutritionnelles le mentionnant sur les produits riches
en ces acides gras ont été autorisées au niveau européen. Pourtant,
des résultats négatifs concernant l’effet cardioprotecteur des
oméga 3 se sont accumulés ces dernières années. A partir de
publications regroupées au sein d’une méta-analyse, l’intérêt
potentiel des oméga 3 (à courte ou longue chaîne) en prévention des
maladies CV est à nouveau quantifié.
Les auteurs de ce travail ont inclus vingt études cliniques (n=
68 680 sujets au total). Seuls les essais avec un recul de plus
d’un an ont été sélectionnés (médiane de suivi : 2 ans). Ils
concernaient essentiellement des sujets en prévention secondaire de
maladies CV, à l’exception de quatre études qui incluaient aussi
des volontaires en prévention primaire. Les oméga 3 étaient
administrés sous forme alimentaire (deux études) ou d’une
supplémentation (gélule ou huile) et la plupart des essais (16 sur
les 20) étaient effectués en double aveugle. La dose moyenne
d’oméga 3 administrée (essentiellement des huiles de poissons)
était de 1,51 g /j.
Les résultats de cette méta-analyse sont globalement négatifs :
l’incidence des décès totaux n’est pas influencée par la
supplémentation en oméga 3. Il en est de même pour celle des décès
d’origine cardiaque, des morts subites, des infarctus du myocarde
ou encore des accidents vasculaires cérébraux. Ces résultats vont à
l’encontre de ceux de la première méta-analyse d’essais randomisés
sur le sujet publiée en 2002. En revanche, ils confirment ceux des
essais cliniques plus récents qui n’ont pas retrouvé de bénéfice
significatif des oméga 3. Même si ces acides gras présentent des
propriétés antiathérogènes démontrés, leur intérêt clinique pour
réduire l’incidence des évènements CV ne l’est pas du tout. On peut
toujours imaginer que certains sous-groupes de patients puissent
bénéficier d’une supplémentation en oméga 3 mais cela reste à
prouver. Dans l’immédiat, il n’est donc pas justifié de proposer
une telle supplémentation pour prévenir les maladies CV, ni même
leur récidive.
Dr Boris Hansel
Rizos EC, Ntzani EE, Bika E, Kostapanos MS, Elisaf MS. : Association between omega-3 fatty acid supplementation and risk of major cardiovascular disease events: a systematic review and meta-analysis. JAMA. 2012; 308:1024-33.
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Vos réactions |
Un effet très net sur la mort subite
Le 27 septembre 2012
Les auteurs ont oublié la LYON DIET HEART Study, qui montrait avec un apport physiologique d'ALA, un effet très net sur la mort subite. Il y a une confusion permanente entre l'apport physiologique 2gr d'ALA/jour en s-2 (soit colza et non soja),une somme EPA + DHA de l'ordre de 150 mgr/jour, et des effets "pseudo-pharmacologiques" au-delà de ces doses. Le balancier est reparti dans l'autre sens! Ceci me rappelle une phrase célèbre d'un grand biochimiste américain, à l'occasion de la remise d'un prix :"Il y a des menteurs, des très grands menteurs, et au-dessus les "META-ANALYSES""
François Mendy
Non convaincant
Le 27 septembre 2012
Contrairement à ce qui est signalé il faut que tous les medecins prescrivent justement des omega 3 en complement ou par base nutritionnelle dans les préventions primaires et secondaires. Cet article est non seulement non convaincant mais inutile.
Pierre Henri Nevado
La valse des consensus simplistes et trop rapides
Le 02 octobre 2012
La surestimation du rôle du cholestérol dans la mortalité cardio-vasculaire aboutissait logiquement à surestimer le rôle protecteur des oméga 3 dans cette mortalité. Le consensus prématuré est fréquent en médecine surtout quand les conflits d'intérêts s'en mêlent. L'épisode de l'administration péri-opératoire systématique de bêta bloquants à tous les opérés coronariens et ses mauvais résultats en est un autre exemple...comme le remplissage excessif des patients qui était la règle d'or des années 70-80 ... les doses de "cheval" d'hémisuccinate d'hydrocortisone dans les états de choc... et bien d'autres
Dr J-F Huet
Eviter la précipitation
Le 09 octobre 2012
Une des difficultés (et des erreurs) de la nutrition, est de l'approcher comme nous le faisons, avec les médicaments; l’œil rivé sur un produit et d'observer les conséquences, y compris avec des méta-analyses. Hors la nutrition est le champ d'action de facteurs multiples, jouant des synergies, des antagonismes...avec également des effets inversés selon le statu, l'activité du sujet...etc. D'un autre coté, nous avons tendance à jeter rapidement le bébé avec l'eau du bain. L'époque est manichéenne. Enfin, l'intérêt des fameux oméga 3 ne se limite pas à l'aspect cardio-vasculaire...
Christian Trape
Bénéfice des omégas 3
Le 14 octobre 2012
Si l'on en croit votre article, les omégas-3 ne servent à rien.
L'étude lyonnaise sur le régime crétois administré à des patients qui avaient fait un infarctus, parue dans le Lancet, étude qui a permis de différentier les oméga-3 des oméga-6 est-elle alors une étude bidon ou truquée ? Je n'ai pourtant jamais lu de critiques sur cette étude.
Dr Guy Roche
Alors quoi ???
Docteur Guy ROCHE Interniste
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