Des signes comportementaux et la perturbation des activités de
la vie quotidienne (AVQ) sont-ils prédictifs de la mortalité dans
la maladie d’Alzheimer (MA) ?
Pour répondre à la question, une étude a été menée auprès de 653
patients consécutifs (majoritairement des femmes) chez
lesquels le diagnostic de MA probable avait été posé et recevant un
traitement par inhibiteur de l’acétylcholinestérase en 2000-2001
dans un centre de référence écossais. L’âge moyen était de 77,1 ans
± 7,6. A 10 ans de suivi, 77 % des patients étaient décédés.
A l’admission, les patients avaient été soumis à 7 tests
cognitifs, au test d’IADL (Instrumental Activities of Daily Living)
et au NPI (Neuropsychiatric Inventory). Les résultats des
tests étaient fortement corrélés entre eux. La médiane de survie
était de 5,4 ans, elle diminuait avec l’âge, les femmes survivant
significativement plus longtemps. En 1ère analyse, de mauvais
résultats, quels que soient les tests, étaient associés à un
mauvais pronostic. Après ajustement, l’influence du sexe masculin,
des résultats du MMSE (Mini-Mental State Examination), de
la fluence catégorielle, du NPI de l’aidant et des IADL perdaient
de leur significativité statistique. Le test de lecture NART
(National Adult Reading Test), utilisé comme échelle du QI
prémorbide et approximation de la réserve cognitive, était associé
à la survie en tenant compte de l’âge et du sexe, mais ne l’était
plus après inclusion du MMSE. En sus de l’âge, les résultats au
test d’apprentissage par paires (du Neuropsychological Test
Assessment Battery ou CANTAB) et les signes d’ordre
psychotique au NPI à l’admission sont restés prédictifs de la
survie des patients. La pneumonie a représenté 31,7 % des causes de
décès, les cardiopathies, 22,2 %. La démence figurait sur plus de
70 % des certificats de décès. Le fort taux de chutes souligne
l’importance des troubles de la motricité dans les stades avancés
de la MA. Les sujets aux NPI les plus élevés n’ont pas présenté
d’excès de maladies cérébro-vasculaires, et le score NPI des
patients dont le décès a été lié à une maladie cérébro-vasculaire
n’a pas montré de différence statistique.
Exclure les patients non traités a peut-être conduit à
surévaluer la survie. Le taux élevé de diabète et de maladies
cérébro-vasculaires confirme l’implication des facteurs de risque
cardiovasculaire (FRCV).
Le détail des traitements, des FRCV n’était pas disponible
mais la large zone de recrutement a dû permettre une
représentativité épidémiologique. Peu de patients ayant un MMSE
inférieur à 12, aucune interprétation ne peut être tirée concernant
les démences sévères. Les données de certificats de décès ne sont
pas complètement fiables, elles débordent d’ailleurs la tranche
d’âge de la population de l’étude.
Lors du diagnostic, les cliniciens ne devraient pas baser leur
pronostic sur les tests cognitifs ou d’autonomie de routine.
Maladies cardio-vasculaires et chutes sont en outre à prendre en
compte pour améliorer la survie.
Dr Anne Bourdieu
Russ TC et coll. : Cognitive et behavourial predictors of survival in Alzheimer disease: results from a sample of treated patients in a tertiary-referral memory clinic” Int J Geriatr Psychiatry 2012; 27: 844-853
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