Une équipe de chirurgie thoracique s’est interrogée sur
l’influence que pouvait avoir la charge de travail du chirurgien
sur la morbi/mortalité et le séjour hospitalier des patients opérés
d’une lobectomie pulmonaire.
Leur enquête s’est basée sur les données de suivi de 481
patients ayant eu une lobectomie entre 2008 et 2009. Il y avait une
majorité de score ASA 3 et 4, 75 % de fumeurs actifs, 82 %
d’interventions pour cancer et 75 % de thoracotomies. La morbidité
a été évaluée au travers des complications prises au sens très
large, et la mortalité a été étudiée sur 30 jours. Les
caractéristiques suivantes des patients ont été prises en compte :
l’âge, le sexe, le VEMS, le score ASA, le tabagisme, les
comorbidités (diabète, insuffisance rénale…), la durée
d’intervention.
La charge de travail journalière d’un chirurgien est calculée
sur :
1. Le nombre d’interventions et de lobectomies
réalisées
2. Le nombre de salles d’opératoires utilisées
3. Le temps opératoire total (somme des temps opératoires de
chaque intervention réalisée par le chirurgien, étant entendu qu’il
n’intervient que pour les séquences opératoires les plus critiques
et peut, ainsi, avoir plusieurs interventions en cours auxquelles
il participe dans différentes salles d’opérations.)
Au cours de la période de 2ans retenue, les caractéristiques de
l’activité des chirurgiens en charge des 481 patients ont été les
suivantes :
• Ils ont réalisé chacun de 45 à 106 lobectomies (médiane :
82).
• Le nombre de salles d’opération utilisées par chaque
chirurgien allait de 1 (19 %) à 4 ou plus (5 %).
• Le nombre maximal de lobectomies effectuées par un même
chirurgien, un même jour, est de 4 ; la plupart du temps un même
chirurgien ne faisait qu’une lobectomie par jour.
• Le nombre maximal d’interventions faites par un même
chirurgien, un même jour, est de 10 (les trois quarts des
lobectomies réalisées l’ont été par un chirurgien qui faisait le
même jour entre 3 et 4 interventions).
• Le temps opératoire total moyen/chirurgien/jour est de 800
mn (médiane 755 ; extrêmes 110-1 905)
Au total 198 patients (41 %) ont eu une complication et la
mortalité opératoire est de 1,25 % (6 patients). Évidemment, les
facteurs liés à l’état des patients jouent un rôle ; mais toutes
choses égales par ailleurs, les facteurs prédictifs de
complications et de durée d’hospitalisation prolongée, en rapport
avec l’activité des chirurgiens, se résument à un seul élément : le
temps opératoire total journalier (odds ratio, 1,032 ; intervalle
de confiance à 95 %, 1 000 à 1 064 ; p=0,047). En d’autres termes
cela traduit la fatigue accumulée par chaque chirurgien.
Le risque de complications n’est, en effet, pas lié au nombre
d’interventions et/ou de lobectomies réalisées, aux techniques
opératoires ou au nombre de salles d’opérations utilisées.
En conclusion, cette étude montre que le risque accru de
complications et de séjours hospitaliers prolongés après lobectomie
pulmonaire est directement lié au temps opératoire total effectué
par les opérateurs et non au volume d’activité.
Les auteurs plaident pour une prise en compte de cet élément
dans la perspective toujours poursuivie d’une augmentation des
activités (hospitalière et médicale).
Dr Roland Charpentier
Thomas M et coll. : Does surgeon workload per day affect outcomes after pulmonary lobectomies ? Ann Thorac Surg., 2012; 94: 966-973.
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Vos réactions |
3 %
Le 29 septembre 2012
Un odds ratio de 1,03... quelle importance réelle cela peut-il avoir ?
En simplifiant, cela fait 3% de risque supplémentaire...
P Manet
Très dur
Le 01 octobre 2012
La conclusion de l'étude n'est pas surprenante. Ce qui l'est (mais il y a peut-être une erreur de chiffres) c'est le chiffre haut dans "temps opératoire moyen /chirurgien/jour" : 1905 mnn soit plus de 31 heures en 24 h...Peut-être a-t-il travaillé en continu pendant ce laps de temps ? Très dur pour le collègue et risqué pour les patients.
Dr Alain Théry
La réponse de la rédaction
Le 01 octobre 2012
De nombreux lecteurs ont émis l'hypothèse d'une faute de frappe dans cet article jugeant les données sur la charge de travail des chirurgiens erronées.
En effet 30 heures de travail quotidien, cela est non seulement insurmontable mais tout à fait impossible. Cependant, il était bien spécifié dans l’article (point 3 du troisième paragraphe) que la « charge de travail journalière de chaque chirurgien est calculée sur la somme des temps opératoires de chaque intervention réalisée par le chirurgien, étant entendu qu’il n’intervient que pour les séquences opératoires les plus critiques et peut, ainsi, avoir plusieurs interventions en cours auxquelles il participe dans différentes salles d’opérations. » Autrement dit c’est la durée totale de toutes les interventions auxquelles il a participé (mais qu’il n’a pas suivies de bout en bout) qui est comptabilisée mais non sa contribution effective.
La rédaction
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