Plusieurs études documentées ont montré une amélioration du
développement cognitif des petits enfants alimentés au sein en
comparaison de ceux au biberon. Le nombre de facteurs qui
interfèrent est cependant considérable et pourrait conduire à des
conclusions trop tranchées voire fausses.
Des chercheurs américains ont recensé et tenu compte d’une
grande part de ces facteurs en examinant une cohorte d’enfants déjà
analysée, issue d’une étude longitudinale, intitulée Early
Childhood Longitudinal Study Birth Cohort. Les données ont été
collectées en 3 étapes : la première en 2001 à l’âge de 9 mois, la
seconde par des interviews des parents à l’âge de 2 ans et la
troisième en 2006 vers 4 ans. La cohorte initiale comprenait
environ 10 700 sujets. Les facultés cognitives ont été jugées par
les échelles de Bayley qui incluent plus de 30 items mesurant le
fonctionnement cognitif dans le but d’évaluer à 2 ans les capacités
de communication, l’acquisition du langage, la compréhension et
l’expression du vocabulaire et les capacités à résoudre les
problèmes.
La méthode nouvelle utilisée par les chercheurs est la «
propensity score matching » (PSM) qui permet d’apparier,
pour tous les facteurs de confusion recensés, les enfants alimentés
au sein et ceux au biberon. S’il n’apparaît aucune différence
statistique entre les 2 groupes pour le facteur de confusion pris
en compte, les 2 groupes peuvent être considérés équivalents pour
ce facteur et la différence éventuelle attribuée à l’allaitement
maternel.
Un total de 12 co-variables a été inclus dans l’analyse. Un
premier groupe concernait les caractéristiques maternelles, chacune
enregistrée 1 si présente, 0 si absente : troubles du comportement,
dépression, usage de toxiques (tabac et autres), niveau
d’éducation, âge à la naissance, complications obstétricales, score
d’Apgar. Un deuxième groupe réunissait les caractéristiques
paternelles et un troisième l’ethnie et le sexe. Chacune de ces
variables a été appariée aux différents scores cognitifs et
l’analyse statistique faite avant et après ces différents facteurs
de confusion. Le score moyen de l’échelle de Bayley a été de 125,55
± 10,96.
Avant appariement, les enfants nourris au sein avaient des
scores de développement plus élevés que les alimentés au biberon :
+ 3,20 (intervalle de confiance [IC] : 2,4-4 ; P<0,05). Une fois
les sujets appariés pour les 12 co-variables, les différences
demeuraient significatives mais diminuées de 40 % : + 1,92 (IC
0,92-2,93 P<0,05). Après correction en fonction de la durée
d’allaitement, les capacités cognitives augmentaient en effet avec
la durée de celui-ci mais n’étaient pas fondamentalement
différentes entre 6 et 9 mois.
Au total, ces 2 points de gagnés ne sont peut-être pas
fondamentaux ce qui n’ôte en rien les autres avantages de
l’allaitement maternel.
Pr Jean-Jacques Baudon
Boutwell BB et coll. : Role of breastfeeding in childhood cognitive development: a propensity score matching analysis. J Ped Child Health 2012; 48: 840-45
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