La colite pseudo membraneuse (CPM) à C difficile est
devenue un problème majeur de santé publique dans les pays
développés, ne serait-ce que parce que la population vieillit et
que les seniors ont toujours besoin de plus de soins, de
médicaments et de structures adaptées. La CPM, comme le rappellent
S B Doernberg et coll., ce sont 6,5 à 8,5 infections/10 000
patients/jours/an, avec une mortalité estimée de 5,7 à 6 ,9 % des
cas (une étude US rapportant que la mortalité de l’infection avait
évolué de 5,7 à 23,7 décès/million entre 1999 et 2004). Comme on le
sait, l’exposition aux antibiotiques est le facteur de risque
majeur de développer une CPM : un risque à mettre en parallèle aux
plus de 60 % de patients qui, hospitalisés (en Californie)
reçoivent au moins 1 dose d’antibiotiques, et aux 7 % estimés de
ceux qui développeront une CPM. Tout a été envisagé pour tenter de
guérir l’infection (en général après échec du métronidazole et de
la vancomycine), dont un remplacement complet de la flore fécale.
SB Doernberg et coll. relaient aujourd’hui une nouvelle
approche, a priori assez surprenante puisque reposant sur
l’adjonction complémentaire d’un antibiotique…
Etude, donc, de 2 groupes de patients : ceux qui, admis dans un
hôpital californien entre juin 2005 et décembre 2010, recevaient
une céphalosporine de 3ème génération et ceux qui recevaient, en
plus, de la doxycycline, le rationnel de la comparaison reposant
sur le fait que la cycline serait douée de peu d’effets délétères
en la matière et qu’un rôle protecteur pourrait même lui être
attribué. Pour ce travail, les auteurs ont suivi 2 305 patients, 43
(NDLR : seulement…) d’entre eux développant une CPM, soit une
incidence de 5,60 /10 000 patient/jours ; les incidences relevées
ont été respectivement de 8,11/ 10 000 patient/jours (sans
doxycycline) et 1,67/10 000 patients/jours (avec doxycycline). En
analyse multivariée, ajustée à l’âge, le sexe, la race, les co
morbidités, la durée d’hospitalisation, le diagnostic de pneumonie
ou la durée du traitement et calculée par jour de traitement, le
taux de CPM était de 27 % plus bas quand le patient recevait da la
doxycycline (Hazard Ratio : 0,73, intervalle de confiance à 95 % ;
0,56-0,96).
La doxycycline pourrait donc bien représenter un atout
majeur dans la prise en charge de la CPM. Cette étude, comme le
reconnaissent les auteurs, souffre de plusieurs limites qu’ils
énumèrent dans leur discussion, comme par exemple une absence de
suivi à long terme ou de comparaison avec un groupe de patients
traités par macrolides. Reste que les résultats, pour optimistes
qu’ils paraissent, correspondent globalement et s’additionnent à
ceux d’autres études similaires, et qu’il existe un rationnel
biologique incontestable à l’efficacité des cyclines. Pour les
praticiens de l’Université de San Francisco, les données
actuelles sont suffisantes pour affirmer clairement que les
algorithmes de prise en charge de la CPM devraient être « revisités
», et incorporer la doxycycline.
Dr Jack Breuil
Doernberg SB et coll. : Does doxycycline protect against development of Clostridium difficile infection ? CID 2012; 55: 615- 620.
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