Diagnostic actuellement à la « mode » partout dans le monde
(alors qu’il n’existait quasiment pas avant la fin du XXème siècle
(où l’on parlait plutôt d’enfants « agités », « distraits », «
impulsifs », « hyperkinétiques », etc.), le trouble
déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) suscite cette
interrogation chez l’éditorialiste d’Acta Psychiatrica Scandinavica
: « Le TDAH est-il sur-diagnostiqué en Scandinavie ? » Région du
monde où environ « 10 % des enfants et au moins 5 % des
adultes » seraient concernés par le TDAH, selon les données
des CDC [1]. Il manque de toute évidence (non seulement pour cette
affection, mais pour pratiquement l’ensemble des pathologies
psychiatriques), des « biomarqueurs fiables » qui permettraient
d’apporter à ce sujet la caution d’objectivité appréciable d’un
examen complémentaire, et de prévenir à la fois les cas de
faux-positifs (surestimation des diagnostics) et de faux-négatifs
(sous-estimation).
Mais même dans l’hypothèse où l’on en « ferait trop » pour
diagnostiquer l’hyperactivité, il existe cependant, estime
l’auteur, des « preuves irrésistibles » indiquant que les critères
actuellement disponibles pour définir le TDAH permettent de repérer
un « vaste groupe » d’enfants et d’adultes à « niveau élevé » de
morbidité et d’invalidité, mais pour lesquels nous disposons d’un
traitement. Aussi conviendrait-il d’« augmenter les efforts » pour
permettre aux « hyperactifs de tout âge » (car cette problématique
ne se résume plus à l’enfance) d’avoir accès à des « cliniciens
compétents » pouvant assurer le diagnostic de TDAH. Cette démarche
constitue une « étape cruciale » pour proposer aux personnes
concernées et à leurs familles un traitement « sûr et efficace »,
pouvant « améliorer grandement » la qualité de leur existence. En
donnant ainsi le premier rôle à la réponse pharmacologique, au
détriment d’une approche psycho-éducative et sociologique (quid de
l’aspect « disease mongering»[2] de ce diagnostic ?),
l’auteur n’aura bien sûr convaincu que des lecteurs déjà
préalablement persuadés de la réalité nosographique du TDAH…
[1] Centers for Disease Control (Centres pour le contrôle des
maladies). Cf. checklist:
http://www.cdc.gov/NCBDDD/adhd/widget/checklist/index.html
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Disease_mongering
Dr Alain Cohen
Biederman J : Is ADHD overdiagnosed in Scandinavia? Acta Psychiatrica Scandinavica 2012; 126: 85–86.
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