Après une thrombose veineuse profonde (TVP) aiguë des extrémités
supérieures (ES), les recommandations américaines (Chest, 2008)
conseillent de poursuivre le traitement anticoagulant pendant au
moins 3 mois En pratique, cette recommandation est loin d’être
toujours suivie notamment parce que les données concernant le
pronostic de cette localisation particulière de TVP sont
relativement limitées.
Aussi, a-t-il paru intéressant à Levy et coll. de revoir
le registre du Service de Pathologie vasculaire de l’Université de
Virginie (Richmond, Etats-Unis) et d’en extraire les données
concernant 300 patients consécutifs qui avaient présenté,
entre avril 2005 et novembre 2008, une TVP des ES
documentée par ultrasonographie.
Dans ces 300 cas, la TVP intéressait : la partie distale
de la veine innominée (n=69), la veine jugulaire interne (n=146),
les veines sous-clavière (n=161), axillaire (n=107), brachiale
(n=91).La plupart de ces 300 patients (n=265 ; 88 %) étaient
symptomatiques.
Dans 246 cas (82 %), la TVP a été clairement identifiée comme
étant aiguë par les données
échographiques.
Dans 106 cas (35 %) la TVP était associée à une affection
maligne documentée. Dans 92 cas (31 %), elle était
postopératoire ou faisait suite à un traumatisme. Soixante-seize
patients (25 %) souffraient d’obésité (Indice de Masse Corporelle :
>30).
De plus, dans 240 cas (80 %) les patients avaient ou
avaient eu un cathéter veineux (n=221) ou étaient porteurs
(n=19) de lignes veineuses reliées à un pacemaker ou à un
défibrillateur.
Un traitement héparinique a été initié chez 128/300 patients (43
%) puis relayé chez 121 d’entre eux (40 %) par la
warfarine pendant une durée variable. En revanche, malgré les
recommandations américaines, une forte proportion de malades, à
savoir 167/300 (56 %), n’a pas été traitée par les anticoagulants
(dans 16 cas en raison d’une contre-indication documentée). Dans
6/300 cas (2 %) la TVP ES s’est compliquée d’une embolie pulmonaire
non mortelle qui, pour 4 d’entre eux, est survenue malgré la prise
d’anticoagulants.
Sous traitement anticoagulant, les complications
hémorragiques ont été rares mais graves : 4 patients ont présenté
une hémorragie intracrânienne (mortelle dans 3 de ces 4 cas) et 3
autres ont dû être hospitalisés en raison d’une hémorragie au
niveau des voies digestives supérieures (n=2) ou de l’abouchement
d’une trachéostomie (n=1).
En conclusion, dans la vie réelle, les TVP ES sont loin d’être
toujours traitées par les anticoagulants. D’ailleurs, qu’elles
aient été mises ou non sous anticoagulants, les TVP ES se
compliquent rarement d’embolie pulmonaire. Si on rapproche de cette
constatation le fait que la morbi-mortalité observée sous
anticoagulants est loin d’être négligeable, le rapport bénéfice
risque ne plaide pas en faveur de l’anticoagulation systématique de
ces patients.
Dr Robert Haïat
Levy MM et coll.: Low Incidence of Pulmonary Embolism Associated With Upper-Extremity Deep Venous Thrombosis. Ann Vasc Surg., 2012; 26: 964–972
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