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De la thalidomide pour traiter la toux dans la fibrose pulmonaire idiopathique

Publié le 02/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) est une maladie pulmonaire d'étiologie inconnue, de pronostic réservé, la plupart des patients décédant dans les 3 à 5 ans suivant le diagnostic et, à ce jour, sans traitement efficace.

Une toux sèche et tenace, non productive, peut affecter gravement jusqu'à 80 % des patients, elle-même de cause inconnue mais représentant en soi un facteur prédictif indépendant de progression évolutive.

La thalidomide, il y a plus de 40 ans, avait été employée comme anti-émétique durant le premier trimestre de la grossesse, à l'origine de graves malformations congénitales qui avaient fait suspendre son emploi. Depuis, elle a été redécouverte et fait partie, actuellement, sous strictes conditions d'utilisation, du traitement de certaines pathologies comme le myélome multiple, les syndromes myélodysplasiques ou le cancer du rein de par ses propriétés immunomodulatrices, anti-inflammatoires et anti-angiogéniques.

Un essai randomise contrôlée en double aveugle sur 24 patients

Une étude ouverte antérieure ayant suggéré une efficacité sur la toux dans la FPI, M Horton et collaborateurs ont mis au point un essai croisé, en double aveugle, contrôlé vs placebo pour tester cette hypothèse. Leur travail a été conduit entre Février 2008 et Mai 2011. Il a enrôlé 24 patients âgés de 50 ans ou plus, atteints d'une FPI à un stade moyen de gravité (capacité vitale forcée ou FVC entre 40 et 90 % des valeurs théoriques, capacité vitale entre 40 et 80 %, test de transfert du CO entre 30 et 90 % ). Tous se plaignaient d'une toux chronique et invalidante, évoluant depuis au moins 6 mois et sans autre cause identifiable. Les critères d'exclusion à l'entrée dans l'étude ont été sévères : grossesse ou désir de maternité, maladie immunologique, atteinte vasculaire, neuropathie, espérance de vie estimée à moins de 6 mois…

Tous les participants avaient donné leur consentement écrit et ont été répartis, après randomisation, en 2 groupes de 12 pour une durée de traitement de 3 mois. Après une période intermédiaire de 2 semaines, les patients du groupe thalidomide passaient sous placebo et vice versa. Les médications anti-tussives avaient été préalablement arrêtées 2 semaines avant le début de l'essai. La posologie de la thalidomide, faible au départ, de 50 mg/j, était portée à 100 mg/j à partir de la deuxième semaine si aucun bénéfice notable n'avait été constaté, les participants recevant, en outre, un traitement laxatif et une supplémentation vitaminique B. Seul le pharmacien dispensateur du traitement avait connaissance de la répartition des patients dans chaque groupe.

Le critère principal était l'évolution de la toux sous thalidomide, appréciée grâce à un questionnaire spécifique de 28 items dénommé Cough Quality of Life Questionnaire (CQLF ), de score d'autant plus bas que la gêne fonctionnelle causée par la toux était plus faible. Les critères secondaires de l'étude étaient l'appréciation de la toux par échelle visuelle analogique et de celle de la composante respiratoire de la qualité de vie par un questionnaire adapté  (St George's Respiratory Questionnaire ou SGRQ).

En 3 ans ont été inclus 24 patients, dont 20 (15 hommes et 5 femmes) qui ont pu suivre l'intégralité du protocole. L'âge moyen était de 67,6 ans ; la FPI évoluait depuis 20,5 mois ; 21,7 % des malades avaient eu une biopsie pulmonaire pour confirmation du diagnostic. Au moment de l'essai, la maladie respiratoire était encore à un stade modéré et sans composante obstructive. Tous les participants souffraient d'une toux invalidante, altérant leur qualité de vie ; 52 % présentaient en outre un reflux gastro-œsophagien, 34 % une sinusite chronique, 30 % prenaient un inhibiteur de l'enzyme de conversion mais ces divers éléments n'intervenaient pas dans la genèse de la toux.

Une amélioration significative de la toux sous traitement actif

Sous thalidomide, une nette amélioration de la toux a été notée dont témoignait le score CQLF qui s'est abaissé de 60,5 à 47,2 vs 60,5 à 58,7 sous placebo (p < 0,001). Le même effet bénéfique était observé avec l’échelle visuelle analogique de la toux (- 31,2, soit p < 0,001). Le score SGRQ s'est amélioré de 67,7 à 50,3 sous thalidomide vs 62 sous placebo. Il faut toutefois remarquer qu'il y a eu à déplorer beaucoup plus d'effets secondaires sous traitement (74,4 % vs 22 %, soit p à 0,001), essentiellement constipation (36 %), vertiges (21 %), malaise général (14 %), anorexie (5 %) ou encore bradycardie asymptomatique (5 %). De fait, pour 3 patients, la posologie a dû être réduite du fait d’une constipation opiniâtre dans deux cas et d’une bradycardie pour le troisième. Il faut noter que, dans cet essai de durée relativement brève, n’ont été observées ni neuropathies périphériques ni phlébothromboses sous thalidomide.

Ce travail démontre donc que la thalidomide à faible dose peut notablement améliorer la toux et donc la qualité de vie respiratoire de patients atteints de FPI. Son mode d'action reste incertain mais plus qu'un hypothétique effet sur les terminaisons nerveuses des fibres sensitives, il pourrait être le fait des propriétés anti-inflammatoires de la molécule. Deux essais récents, évaluant les effets de l'interféron alpha et de la pirfénidone ont pu, de façon anecdotique, montrer dans quelque cas, une amélioration de la toux dans la FPI. Il importe également de noter une amélioration parallèle de la qualité de vie dans cette affection ne répondant, à ce jour, à aucune thérapeutique efficace. Cependant, la iatrogenicité n'est pas négligeable, non seulement constipation mais aussi bradycardie. A l'inverse n’ont été constatés durant les 3 mois du traitement, ni neuropathies périphériques ni épisodes de thrombo-embolies. Témoignant de l'efficacité du traitement, tous les participants, à la fin de l'essai, ont désiré poursuivre la thalidomide devant l’amélioration considérable de leur toux.

A l'évidence toutefois, cette étude comporte plusieurs limites : effectif faible, essai mono centrique, durée relativement courte, FPI encore peu évoluée dont témoignait un FVC moyen encore relativement élevé, à 70,4 % de la théorique. Surtout, bien qu' elle ait été menée en double aveugle, à la fois pour les investigateurs et les patients, ces derniers ont pu être alertés par les effets caractéristiques de la thalidomide au premier rang desquels la constipation et la sédation, ce qui a plu influencer leurs réponses. Ces résultats justifient donc la mise en place d'un essai prospectif de plus vaste ampleur, multicentrique pour évaluer l'efficacité et la tolérance de la thalidomide dans la toux des FPI.



Dr Pierre Margent


Horton MR et coll. : Thalidomide for the Treatment of Cough in Idiopathic Pulmonary Fibrosis.A randomized trial. Ann Intern Med., 2012; 157; 398-406.




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