Aux États-Unis, selon les données 2011 des Centers for
Disease Control and Prevention (CDC), la prévalence du diabète
chez les femmes a doublé entre 1980 et 2010 (de 2,9 % à 5,9 %). Si
l’augmentation de l’IMC est un déterminant majeur du risque de
diabète de type 2 (DT2), l’implication d’autres facteurs est
suspectée dans la progression épidémique du DT2, parmi
lesquels les expositions environnementales aux agents chimiques
perturbateurs endocriniens. Les phtalates sont ainsi apparus
dans différents travaux avoir un impact délétère sur l’adipogenèse
et la régulation du métabolisme du glucose. Or les concentrations
urinaires de certains métabolites des phtalates sont plus élevées
chez les femmes que chez les hommes (peut-être en raison
d’expositions plus nombreuses et fréquentes, via les cosmétiques
notamment), ce qui a conduit des auteurs d’Harvard et des
universités de Rochester et du Michigan à examiner les liens
éventuels entre exposition aux phtalates et risque de diabète en
population féminine.
L’étude a été menée sur 2 350 femmes, âgées de 20 à 79 ans,
ayant participé au National Health and Nutrition Examination Survey
(NHANES) sur la période 2001-2008.
Parmi ces femmes, non enceintes et indemnes de néphropathie,
près de 9 % ont rapporté l’existence d’un diabète diagnostiqué par
un médecin.
L’analyse a pris en compte de nombreux facteurs potentiels de
confusion (dont la créatiniurie, l’âge, l’ethnie, le niveau
d’éducation, la pauvreté, l’IMC, le tour de taille, l’activité
physique, les apports caloriques totaux, les apports totaux en
graisses), le tabagisme).
Après ajustements, elle associe, positivement, aux
concentrations urinaires plus élevées de mono-n-butyl phtalate
(MnBP), de mono-isobutyl phtalate (MiBP), de monobenzyl phtalate
(MBzP), de mono-(3-carboxypropyl) phthalate (MCP) et de la somme de
trois di-(2-éthylhexyl) phtalate (∑DEHP), une probabilité accrue de
signalement d’un diabète, en comparaison de concentrations
urinaires plus faibles de ces métabolites. Le risque de diabète
rapporté était notamment presque doublé chez les femmes dont les
concentrations urinaires de MnBP (Odds ratio = 1,96 : intervalle de
confiance à 95 % : 1,11-3,47) et de MiBP (1,95 ; 0,99-3,85) se
situaient dans les quartiles les plus élevés en comparaison
des quartiles de concentrations les plus faibles.
Les concentrations urinaires de certains métabolites des
phtalates ont été reliés aussi à la glycémie à jeun et à l’indice
HOMA d’insulinorésistance : aux concentrations urinaires plus
fortes de MiBP étaient associée une médiane plus élevée d’HOMA-IR,
en comparaison des concentrations les plus faibles de ce
métabolite, et il en était de même pour les DEHP.
C’est une nouvelle pierre qu’ajoute cette étude au jardin des
effets nocifs des phtalates. Menée sur un échantillon représentatif
de la population féminine non institutionnalisée des États-Unis, au
sein du NHANES, elle met en évidence une association entre
prévalence du diabète rapporté (sans distinction entre diabètes de
type 1 et de type 2) et les concentrations urinaires de divers
métabolites des phtalates, prises comme indicateur d’exposition à
ces agents. Elle suggère des liens, à démêler, entre concentrations
urinaires des métabolites des phtalates, glycémie et
insulinorésistance. La causalité des relations observées, dans
cette étude transversale, reste à démontrer, les mécanismes qui les
sous-tendent (notamment via la capacité de liaison des
phtalates au PPAR-gamma (peroxisome proliferator-activated
receptor-gamma) sont à préciser, et l’impact de la réduction
des expositions aux phtalates sur le risque de diabète à
évaluer.
Dr Julie Perrot
James-Todd et coll. : Urinary phthalates metabolite concentrations and diabetes among women in the National Health and Nurition Examination Survey. Environ Health Perspect 2012 ; 120 : 1307-15.
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