Une tentative de suicide inaboutie est, on le sait, associée à
un risque important de mort ultérieure par autolyse. Mais c’est
également un marqueur de risque majeur de décès accidentel et de
mort prématurée de cause naturelle comme le confirme et le précise
une étude de cohorte conduite en Grande Bretagne.
Helen Bergen et coll. ont constitué une cohorte de 30 950 sujets
ayant été pris en charge pour une tentative de suicide dans les
services d’urgence d’hôpitaux d’Oxford, de Derby et de Manchester
entre 2000 et 2007. Ces patients ont été suivis jusqu’à la fin
2009, soit pendant une durée médiane de 6 ans, et les causes de
leur décès éventuel ont été répertoriées grâce aux registres
centraux couvrant tout le territoire du Royaume Uni.
Globalement 6,1 % de ces sujets sont décédés durant les 6 années
soit un taux de mortalité standardisé sur l’âge multiplié par 3,6
par rapport à une population générale d’âge comparable.
Les décès par suicide ont été bien sûr beaucoup plus fréquents
dans cette population avec 246 morts contre 13 « attendus » soit un
taux de mortalité spécifique multiplié par 18,7 par rapport à la
population générale. Les morts d’origine accidentelle ont été
également très fréquentes avec 242 décès contre 26 attendus soit un
taux de mortalité spécifique multiplié par 9,2.
7,5 fois plus de morts de cause digestive
Mais au-delà de ces chiffres qui confirment ceux de travaux
précédents, l’étude de Helen Bergen pointe du doigt l’augmentation
considérable du risque de décès de cause « naturelle » après une
tentative de suicide (plus de deux fois plus élevé que ce qui
était attendu en fonction de l’âge des sujets). Les pathologies
somatiques concernées étaient principalement vasculaires (taux de
mortalité spécifique multiplié par 2,3), digestives (taux de
mortalité multiplié par 7,5), respiratoires (taux de mortalité
spécifique multiplié par 2,8). Ce travail ne peut permettre de
préciser les mécanismes par lesquels les tentatives de suicide sont
associées à une mortalité naturelle très élevée. Ils sont
probablement multiples et intriqués : addictions notamment à
l’alcool et/ou tabac plus fréquentes, suivi médical de moins bonne
qualité et prescriptions moins bien respectées etc…
Un risque plus important encore chez les pauvres
Helen Bergen et coll. ont voulu aller plus loin et ont tenté de
déterminer quels étaient les facteurs qui influaient sur cette
surmortalité après tentative de suicide. Ils ont constaté que la
majoration du risque global était plus importante chez les hommes
que chez les femmes avec un taux de mortalité standardisé sur l’âge
multiplié par 4,1 contre 3,2 chez les femmes. De plus un bas niveau
socio-économique (évalué par le code postal du lieu de résidence)
était également un amplificateur de risque de mort naturelle chez
les hommes tandis qu’une consommation excessive ou une addiction à
l’alcool était aussi un facteur supplémentaire de surmortalité en
particulier par affections digestives. Cependant en toute
rigueur on ne peut conclure à un lien de causalité entre ces
différents paramètres et le risque de décès (la pauvreté pouvant
par exemple être à la fois une « cause » et une conséquence des
troubles psychiatriques et des addictions souvent associés aux
tentatives de suicide).
Mieux explorer la santé somatique des « suicidants »
Quelles que soient les implications théoriques de ces
constatations, l’étude de Bergen et coll. appelle à modifier
notre approche des sujets ayant fait une tentative de suicide.
D’une part en renforçant la prise en charge psychiatrique,
psychologique et sociale au long cours de ces patients qui sont,
malgré les suivis actuels, à très haut risque de décès par autolyse
ou par accident. Mais aussi, ce qui est plus nouveau, en
envisageant un bilan somatique complet afin de dépister des
affections ou des facteurs de risque accessibles à une prévention
primaire ou secondaire. Pour ce faire les auteurs
recommandent d’ailleurs de mettre en place des structures de soins
pouvant intégrer prise en charge psychiatrique et somatique, ce qui
est loin d’être le cas aujourd’hui.
Dr Nicolas Chabert
Bergen H et coll. : Premature death after self-harm: a multicentre cohort study. Lancet 2012, publication avancée en ligne le 18 septembre 2012 (doi:10.1016/S0140-6736(12)61141-6).
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