C’est sans doute un des challenges médicaux les plus ardus du
moment, et pour encore longtemps : les bactéries résistantes (R)
aux antibiotiques ont envahi notre quotidien et leur contrôle est
devenu une obsession quotidienne de nombreux services
hospitaliers, USI et réanimations en tête. Les bactéries R, comme
l’illustre dramatiquement NDM1 en Inde, ne sont cependant plus
l’apanage exclusif de l’hôpital : elles « ont pris pili » dans la
communauté, et les patients qui arrivent à l’hôpital avec une
"simple" infection communautaire à bactérie R sont légion. Qui,
comment, pourquoi ? Où sont-ils rentrés en contact avec ces
bactéries ? Une question à laquelle E Meyer et coll. apportent
quelques éléments de réponse parfois un peu surprenants…
Etude, donc, de la prévalence de deux germes muti R "classiques
", les entérobactéries BLSE (porteuses d’une β-lactamase à
spectre élargi) et les enterocoques VRE, résistants à la
vancomycine, chez des porteurs sains. Pour ce faire, les auteurs
ont recruté leurs volontaires chez les participants d’un symposium
en 2011, celui du German National Nosocomial Infection Surveillance
System. Ils les ont interrogés sur leur mode vie, régime
alimentaire, contacts animaliers de toutes natures, voyages,
séjours à l’hôpital, utilisation d’antibiotiques dans l’année, et
les ont soumis à un dépistage rectal des bactéries précédemment
citées. Au total, 231 volontaires, soit 36 % du symposium,
ont participé à l’étude. Si aucun entérocoque VRE n’a été
détecté, des ESBL l’ont été chez 8 d’entre eux, soit 3,5 % de
l’effectif. En analyse multivariée, des déplacements en Grèce ou en
Afrique et des contacts avec des animaux de compagnie étaient
indépendamment associés à des dépistages positifs (Odds ratio
respectifs de 15,2 ; 14,8 et 6,7).
On ne s’étonnera certainement pas qu’un voyage en Grèce soit à
risque, et il y a déjà quelques temps que les spécialistes,
confrontés à ce type de problème, interrogent leurs patients
sur leurs séjours à l’étranger, Inde, Afrique, Grèce et ailleurs.
Mais que viennent faire les animaux de compagnie dans l’affaire?
Comme le reconnaissent les auteurs, c’est la première fois –à leur
connaissance- qu’on relie un risque multiplié par (presque) 7 à nos
compagnons animaliers ; une sorte d’anomalie qu’ils n’expliquent
pas, et qui gagnerait certainement à être confirmée. Passons sur
l’absence d’entérocoques VRE (vu la population étudiée, on aurait
pu s’attendre à quelques positifs) pour remarquer en
conclusion que ces 3,5 % de porteurs sains d’ESBL qui
travaillent en milieux de soins contribuent sans doute au réservoir
et à l’expansion communautaire de leurs bactéries, y compris pour
leurs chiens…
Dr Jack Breuil
Meyer E et coll. : Pet animals and foreign travel are risk factors for colonisation with extended-spectrum -lactamase-producing Escherichia coli. Infection 2012 Publication avancée en ligne le 13 septembre. DOI 10.1007/s15010-012-0324-8.
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