La MMP-9 (matrix metalloproteinase-9) est une enzyme
protéolytique associée à la dégradation du collagène pendant la
phase de remodelage du ventriculaire gauche (VG) qui suit un
infarctus aigu du myocarde (IDM).
Immédiatement après un IDM, existe un pic des taux de MMP
9 surtout au niveau et autour de la zone infarcie, ce
qui suggère que cette élévation est associée à des
modifications anatomiques locales, à savoir expansion
de l’infarctus, amincissement voire rupture de la paroi du VG
et surtout, dilatation de la cavité VG et diminution de la fraction
d’éjection (FE) VG.
Ce pic précoce est suivi, dans les zones infarcies et non
infarcies, d’un plateau pendant lequel on a montré que des
taux bas de MMP-9 étaient associés d’une part, à une
altération du processus de cicatrisation de l’IDM, d’autre part à
la présence d’une fibrose réactionnelle dans les régions éloignées
de la zone infarcie.
D’où l’hypothèse suivante qui a progressivement vu le jour :
après un IDM aigu, un taux bas de MMP-9 pourrait refléter une
synthèse excessive et sans frein du collagène (fibrose
réactionnelle) au niveau de zones éloignées de la nécrose
myocardique ce qui aurait des effets délétères sur le
remodelage VG donc sur le pronostic.
Or on sait par ailleurs que les médicaments anti-aldostérone
peuvent s’opposer à la fibrose myocardique qui est favorisée par
l’aldostérone ; et il a été montré dans des études cliniques
que l’éplérénone et la spironolactone diminuaient les taux
circulant des biomarqueurs de la synthèse du collagène.
Etude prospective sur 300 patients
En réunissant tous ces éléments, il était donc logique
d’imaginer que des taux faibles de MMP-9 pouvaient permettre
d’identifier un groupe de patients qui, après un IDM aigu,
présenteraient une fibrose réactionnelle accrue et qui pourraient,
de ce fait, bénéficier de la mise sous éplérénone.
Kampourides et coll. ont tenté de démontrer cette hypothèse dans
une étude prospective menée chez 303 patients (âge moyen : 58 +/-11
ans ; hommes : 249) qui avaient fait un IDM aigu avec FEVG
préservée (> 40 %).
Les taux de MPP-9 ont été évalués au 7e jour post-IDM.
Les patients ont été répartis en 2 groupes selon qu’ils
recevaient (n=201) ou non (n=102) de l’éplérénone (25 mg/jour) et
selon que leur taux basal de MMP-9 était < ou > 12,7
ng/ml).
Avec un suivi de 24 mois, l’éplérénone n’a pas amélioré le
pronostic global (p=0,132) dans la mesure où elle n’a pas réduit
l’incidence des événements du critère composite principal qui
associait décès d’origine CV, récidive non mortelle d’IDM,
hospitalisation pour angor instable, apparition d’une insuffisance
cardiaque symptomatique.
En revanche, l’éplérénone a amélioré significativement le
pronostic du sous-groupe de patients qui avaient à l’état
basal des taux bas de MMP-9 : survie indemne de tout
événement dans 65 % des cas (vs 35 % en l’absence
d’éplérénone ; p= 0,005). L’éplérénone n’a pas eu d’effet dans le
sous-groupe de patients (p= 0,741) qui avaient à l’état
basal des taux élevés de MMP-9.
En conclusion, il apparaît que, dans les suites immédiates d’un
IDM avec FEVG préservée, des taux faibles de MMP-9
identifient un sous-groupe de patients chez lesquels la
prescription d’éplérénone va avoir un effet bénéfique sur la
survie.
Dr Robert Haïat
Kampourides N et coll. : Usefulness of Matrix Metalloproteinase-9 Plasma Levels to Identify Patients With Preserved Left Ventricular Systolic Function After Acute Myocardial Infarction Who Could Benefit from Eplerenone. Am J Cardiol 2012;110:1085–1091
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