Ces dernières années, la prévalence de l'obésité morbide n'a
cessé de croître aux USA, à l’origine de nombreux problèmes de
santé, au premier rang desquels les maladies
cardiovasculaires. A ce stade d'obésité, seule une intervention de
chirurgie bariatrique est à même d'entraîner une perte de poids
significative à long terme mais peu d’études comportant un suivi
prolongé ont été, à ce jour, publiées dans la littérature
médicale.
Un travail prospectif a donc été mené entre Juin 2000 et
Juillet 2011 auprès de 1 156 adultes qui, tous, avaient une
obésité majeure avec un indice de masse corporelle (IMC) égal
ou supérieur à 35 kg/m2 ; 418 ont été opérés par
la technique du court-circuit gastrique avec anse en Y de Roux
(groupe RYGB) et comparés à 417 autres patients qui n’ont pas été
opérés même si la même intervention avait été envisagée pour eux
(groupe de contrôle C1) et à 321 autres, également obèses,
légèrement plus âgés mais sans indication chirurgicale (groupe de
contrôle C2).
Le suivi a été de 6 ans, avec évaluation métabolique et
cardiovasculaire préopératoire, puis à 2 et 6 ans suivant
l'intervention. La participation a été très satisfaisante, ce dont
témoigne un taux de suivi respectivement de 92,6 % dans le groupe
RYGB, de 72,9 % pour C1 et de 96 % pour C2.
Une perte maintenue de plus de 20 kg dans les trois quarts des
cas
Les participants étaient tous des adultes âgés de 18 à 72 ans ;
82 % étaient des femmes et 96 % de race blanche, non hispaniques.
Leur IMC moyen préopératoire atteignait 45,9 kg/m2 (31,2-
60,6).
Dans le groupe RYGB, la perte pondérale était, en moyenne, de
34,9 % à 2 ans et de 27,7 % (26,6 %- 28,9 %) à 6 ans, soit,
constatation fréquente, une légère reprise pondérale de 7,2 % entre
la deuxième et la sixième année. Dans les groupes non chirurgicaux
C1 et C2, la variation de poids a été quasi nulle, respectivement
de 0,2 % ( -1,1 à 1,4 % ) et de 0 % (-1,2 à 1,2 % ). Ainsi, au
terme du suivi, plus de 96 % des patients opérés avaient perdu au
moins 10 kg et 76 % d'entre eux plus de 20 kg par rapport à
leur poids de base.
Quarante-neuf pour cent des patients du groupe RYGB
avaient une glycémie initiale dépassant 1 g/L. Ils n'étaient plus
que 7 % à 2 ans et 11 % à la fin de l'étude. La baisse de la
glycémie à jeun a été de 0,23 g/L comparativement à C1 et de 0,19
g/L vs C2. Ainsi, à 6 ans, le taux de rémission du diabète était de
62 % dans le groupe RYGB face à 8 et 6 % dans les groupes
contrôles, soit une différence très significative avec un p <
0,001. De plus, la mise en place d'un court-circuit gastrique
a permis de prévenir le développement d'un diabète secondaire
chez les obèses normo glycémiques en préopératoire.
Seuls 2 % des patients opérés sont devenus diabétiques durant la
durée de l'étude face à 17 % des patients du groupe C1 et 15 % du
groupe C2 (p < 0,001).
Amélioration conséquente des facteurs de risque
cardiovasculaire
Au plan cardiovasculaire, l'intervention chirurgicale s’est
accompagnée d’une rémission de l’hypertension artérielle dans 42 %
des cas, face à, respectivement, 18 et 9 % dans les groupes
contrôles. Il a également été noté une baisse en moyenne de 67 % du
taux de LDL cholestérol dans le groupe RYGB, avec amélioration
parallèle du HDL cholestérol et des triglycérides.
Vingt-neuf décès ont été à déplorer durant l'étude pour l'
ensemble des participants, respectivement 12 dans le groupe RYGB
(dont 4 suicides), 14 dans le groupe C1 et 3 seulement dans le
groupe C2. Le taux de suicides a été significativement plus élevé
dans le groupe opéré (p = 0,02). En outre, 33 (7,9 %) des patients
opérés ont nécessité une ré -hospitalisation vs 13 (3,9 %) et 6
(2,0 %) pour les groupes contrôles, l'hospitalisation, en cas
d'intervention survenant en règle dans les 2 ans suivant l'acte
opératoire.
Cette étude confirme donc une amélioration très conséquente des
facteurs de risque métaboliques et cardiovasculaires 6 ans après
une intervention de dérivation gastrique de type Roux en Y en cas
d'obésité morbide. On note une moindre incidence du diabète et,
s'il était présent, des rémissions plus fréquentes avec, en
parallèle, un meilleur contrôle des chiffres tensionnels et des
paramètres lipidiques, alors que ces derniers s’aggravent
dans les groupes témoins, la perte de poids se situant en moyenne à
27,7 % à 6 ans dans le groupe opéré. Ces résultats très
encourageants rejoignent ceux d’études antérieures, tant pour
l'importance et le maintien dans le temps de la perte pondérale que
pour le contrôle de l’équilibre tensionnel et glycémique. Il
faut toutefois insister sur un nombre réduit mais significativement
plus élevé de suicides dans le groupe RYGB, rendant impératif un
examen psychologique préopératoire puis un suivi régulier. Les
points forts de ce travail tiennent au grand nombre de participants
et à la longue durée du suivi pendant 6 années. Ils tiennent aussi
à la comparaison d'un groupe chirurgical avec non pas un, mais deux
groupes témoins, le premier en tout point comparable, le second
avec des participants en moyenne plus âgés mais avec une obésité
moindre et une meilleure qualité de vie.
En conclusion, une intervention de dérivation gastrique de type
Roux en Y entraîne, à long terme, une perte de poids significative
et maintenue ainsi qu'une amélioration des facteurs de risque
cardiovasculaires et métaboliques. Ces données prennent toute leur
importance, rapportées au nombre estimé à 31 millions d'Américains
obèses susceptibles de bénéficier d'une chirurgie bariatrique.
Dr Pierre Margent
Adams TD et coll. : Health Benefits of Gastric Bypass Surgery After 6 years. JAMA. 2012; 308; 1122-1131.
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Le 11 octobre 2012
Dans la chirurgie bariatique, les points de surveillance ne doivent pas se limiter à certains facteurs de risque cardio-vasculaires : il existe aussi le statut vitaminique et la surveillance hépatique. Ces points ont-ils été étudiés ?
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