La deuxième phase de la lactogenèse est marquée par le début
d’une sécrétion lactée abondante, augmentant régulièrement entre la
36ème et la 96ème heure post-partum avant de marquer un plateau.
Un retard est défini par un début après la 72ème heure. De
nombreux facteurs influent sur le risque de retard, entre autres :
âge, parité, obésité maternelle, mode d’accouchement, travail
prolongé, médications, poids de naissance, Apgar bas, mamelons
ombiliqués, biberons dans les 2 premiers jours.
Une enquête américaine a permis d’étudier les relations entre un
délai dans l’établissement de la 2ème phase de la lactogénèse (LG
II), supérieur à 3 jours post-partum et la fin de l’allaitement
exclusif ou mixte à la 4ème semaine. Dans le cadre d’une étude de
cohorte prospective sur la nutrition des nourrissons, l’analyse a
inclus 2 491 mères qui ont été invitées en 2005-2007 à remplir un
questionnaire sur le début de la LG II, avant ou après le 3ème jour
et la persistance d’un allaitement maternel, exclusif ou mixte à 4
semaines. Les critères de sélection ont été l’âge (≥ 18 ans),
nouveau-né ≥ 35 semaines, singleton en bonne santé, pesant au moins
2,3 Kg. L’analyse statistique a porté sur les données brutes puis
corrigées en prenant en compte les facteurs de confusion, en
analyse de régression logistique à variables multiples. Les
résultats ont été ajustés en fonction des facteurs démographiques
maternels, niveau d’éducation, parité et expérience antérieure
d’allaitement, tabac et date de reprise du travail.
En moyenne, le début de la LG II a été de 2,8 ± 1,1 jours, la
durée moyenne de l’allaitement exclusif ou mixte de 26 ± 19,9
semaines (médiane 21,5). L’incidence du retard de la lactogenèse a
été de 23,2 %. Avant ajustement, le rapport de risque de l’effet du
retard sur la durée de l’allaitement était significatif (Odds Ratio
[OR] : 1,59 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,24-2,05) et
également après ajustement (OR , 1,62 ; IC 1,14-2,31), ces données
étant comparables pour l’allaitement exclusif ou mixte. Les autres
facteurs de risque d’interruption précoce de l’allaitement,
statistiquement significatifs, étaient la pauvreté, la taille de la
fratrie, l’absence d’un allaitement antérieur, le tabac et au
contraire les facteurs de prolongation la mise au sein précoce,
l’allaitement à la demande, les préférences de l’accoucheur ou du
pédiatre, l’accompagnement en maternité.
En conclusion, les mères qui ont une montée laiteuse tardive ont
plus de risques d’interrompre totalement ou partiellement
l’allaitement à 1 mois.
Pr Jean-Jacques Baudon
Brownell E et coll. : Delayed onset lactogenesis II predicts the cessation of any or exclusive breastfeeding. J Pediatr., 2012;161: 608-14
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