Les praticiens de l'hôpital de Pampelune étaient
confrontés à une jeune patiente revenant d'Afrique de l'Ouest et
présentant un tableau clinique et parasitologique de paludisme à P
falciparum ne réagissant pas à un traitement par artésunate à doses
correctes (avec dans un premier temps une association
sulfadoxine-pyrimethamine et secondairement de la
doxycycline).
Plusieurs diagnostics étaient à envisager : un paludisme résistant
à l'artésunate (mais aucun cas n'a été décrit en Afrique), une
co-infection par une bactérie ou un virus, un traitement non suivi,
mais aussi l'utilisation d'un médicament contrefait comme cela est
de très fréquent dans les pays pauvres et notamment en
Afrique.
Dans cette dernière hypothèse, Carlos Chaccour et
coll. ont décidé de reprendre un traitement par de l'artésunate dès
que le médicament commandé au Ministère de la santé espagnol leur
est parvenu. Une dose de 2,4 mg par kg d'artésunate
intraveineux a alors été délivrée à 0, 12, 24 et 48 heures. Grâce à
ce traitement la patiente a guéri en 3 jours et a pu quitter
l'hôpital... avec des conseils de chimioprophylaxie pour ses
prochains séjours en Afrique.
Il restait à prouver que l'échec thérapeutique
observé était bien dû à l'absorption d'un médicament contrefait.
Pour ce faire les comprimés du produit suspect encore en possession
de la patiente ont été adressés au laboratoire de la London School
of Hygiene and Tropical Medicine. Leur analyse a montré que les
comprimés litigieux ne contenaient ni artésunate, ni d'ailleurs
aucun autre principe actif pharmacologique !
Emballage du médicament contrefait
avec
quelques anomalies entourées d’un cercle rouge
L'examen attentif de la boite de "médicaments"
rapportée de Guinée par la patiente a en outre montré que celle-ci
comportait des différences notables avec l'emballage d'artésunate
"officiel" (fautes d'orthographe, faux numéro d'enregistrement...).
La patiente n'ayant conservé aucun comprimé de l'association
sulfadoxine-pyriméthamine qu'elle avait pris en Afrique, il n'a pas
été possible de procéder à la même enquête sur cet autre
antipaludéen.
Cette courte observation est l'occasion d'insister sur
l'importance considérable du marché des faux médicaments dans les
pays où les circuits de distribution sont peu ou mal contrôlés.
Outre des échecs thérapeutiques qui peuvent être tragiques à
l'échelle individuelle dans le cas des antipaludéens ou des
antibiotiques, les contrefaçons exposent sur le plan collectif,
comme le rappelle cette équipe espagnole, à l'émergence de
résistances lorsque les "médicaments" en cause sont sous-dosés.
Dr Nicolas Chabert
Chaccour C et coll.: Travel and fake artesunate: a risqky business. Lancet 2012; 380: 1120
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