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L'énigme de la semaine : Lost in prescription (solution)

Publié le 12/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Les praticiens de l'hôpital de Pampelune étaient confrontés à une jeune patiente revenant d'Afrique de l'Ouest et présentant un tableau clinique et parasitologique de paludisme à P falciparum ne réagissant pas à un traitement par artésunate à doses correctes (avec dans un premier temps une association sulfadoxine-pyrimethamine et secondairement de la doxycycline).

Plusieurs diagnostics étaient à envisager : un paludisme résistant à l'artésunate (mais aucun cas n'a été décrit en Afrique), une co-infection par une bactérie ou un virus, un traitement non suivi, mais aussi l'utilisation d'un médicament contrefait comme cela est de très fréquent dans les pays pauvres et notamment en Afrique. 

Dans cette dernière hypothèse, Carlos Chaccour et coll. ont décidé de reprendre un traitement par de l'artésunate dès que le médicament commandé au Ministère de la santé espagnol leur est parvenu.  Une dose de 2,4 mg par kg d'artésunate intraveineux a alors été délivrée à 0, 12, 24 et 48 heures. Grâce à ce traitement la patiente a guéri en 3 jours et a pu quitter l'hôpital... avec des conseils de chimioprophylaxie pour ses prochains séjours en Afrique. 

Il restait à prouver que l'échec thérapeutique observé était bien dû à l'absorption d'un médicament contrefait. Pour ce faire les comprimés du produit suspect encore en possession de la patiente ont été adressés au laboratoire de la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Leur analyse a montré que les comprimés litigieux ne contenaient ni artésunate, ni d'ailleurs aucun autre principe actif pharmacologique !

 

 Emballage du médicament contrefait avec
quelques anomalies entourées d’un cercle rouge

L'examen attentif de la boite de "médicaments" rapportée de Guinée par la patiente a en outre montré que celle-ci comportait des différences notables avec l'emballage d'artésunate "officiel" (fautes d'orthographe, faux numéro d'enregistrement...). La patiente n'ayant conservé aucun comprimé de l'association sulfadoxine-pyriméthamine qu'elle avait pris en Afrique, il n'a pas été possible de procéder à la même enquête sur cet autre antipaludéen.

Cette courte observation est l'occasion d'insister sur l'importance considérable du marché des faux médicaments dans les pays où les circuits de distribution sont peu ou mal contrôlés. Outre des échecs thérapeutiques qui peuvent être tragiques à l'échelle individuelle dans le cas des antipaludéens ou des antibiotiques, les contrefaçons exposent sur le plan collectif, comme le rappelle cette équipe espagnole, à l'émergence de résistances lorsque les "médicaments" en cause sont sous-dosés.



Dr Nicolas Chabert


Chaccour C et coll.: Travel and fake artesunate: a risqky business. Lancet 2012; 380: 1120



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