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Devrait-on instituer un dépistage systématique du diabète de type 2 ?

Publié le 12/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Devant l’augmentation régulière de l’incidence du diabète de type 2 et l’intérêt d’une prise en charge précoce, se pose avec acuité la question du dépistage systématique, à l’instar de celui du cancer du côlon par exemple. Plusieurs modélisations ont établi que ce type de dépistage serait simple et plutôt bien accepté par la population. Ces travaux n’ont toutefois pas prouvé que le dépistage systématique apporte un bénéfice supérieur au dépistage « opportuniste » ciblé, tel qu’il est réalisé en pratique courante, selon les recommandations.

Une équipe du Royaume-Uni a pris le sujet à bras-le-corps et réalisé un essai randomisé. L’objectif était de comparer la mortalité de deux groupes de patients jugés comme à haut risque d’avoir un diabète non diagnostiqué, les uns étant dépistés de manière systématique, les autres non (groupe témoin). La population totale était de plus de 20 000 individus, âgés de 40-69 ans. Plus de 15 000 d’entre eux (n = 15 089), ont reçu une invitation à venir se faire dépister et 73 % ont accepté de le faire. Le groupe témoin était constitué de 4 137 patients.

Le dépistage se faisait en plusieurs étapes successives, glycémie capillaire et hémoglobine glyquée (HbA1c), puis glycémie capillaire à jeun et confirmation par un test de tolérance au glucose. Un diagnostic  de diabète a ainsi été posé chez 466 patients (3 %) qui ont été traités de manière intensive ou non.

Au cours du suivi d’une durée médiane de 9,6 ans (184 057 personnes-années) sont survenus 1 532 décès dans le groupe dépistage systématique et 377 dans le groupe contrôle.
Il n’apparaît pas de différence significative de la mortalité toutes causes confondues à 10 ans entre les patients ayant bénéficié du dépistage systématique et le groupe témoin (Hazard Ratio [HR] 1,06 ; intervalle de confiance à 95 % ; [IC] 0,90 à 1,25). La mortalité de cause cardiovasculaire (HR 1,02 ; IC ; 0,75–1,38), par cancer (HR : 1,08 ; IC : 0,90–1,30) ou liée au diabète (1,26 ; IC 0,75–2,10) n’est pas non plus moindre pour les patients dépistés systématiquement.

Pour expliquer ce résultat, les auteurs avancent plusieurs hypothèses. Celle d’une dilution de l’effet, à la fois du fait de la poursuite d’un dépistage opportuniste en pratique courante et du refus de 17 % des patients de se soumettre au dépistage systématique. Celle de la méthode aussi, un seul dépistage ayant été proposé. Enfin, une autre hypothèse est que le nombre de patients dépistés comme diabétiques est finalement plus faible qu’attendu (3 % seulement), de sorte que si le dépistage systématique a pu être bénéfique pour ces derniers, leur proportion est trop faible pour affecter la mortalité de la cohorte entière. Il est fort possible que dans une population où le dépistage opportuniste et la prévention sont insuffisants, le dépistage systématique serait plus efficace que ce qui est constaté dans cette étude.



Dr Roseline Péluchon


Simmons RK et coll. : Screening for type 2 diabetes and population mortality over 10 years (ADDITION-Cambridge): a cluster-randomised controlled trial. Lancet 2012; publication avancée en ligne le 4 octobre. doi: 10.1016/S0140-6736(12)61422-6.
Engelgau MM et coll. :Tackling the global diabetes burden: will screening help? Lancet 2012; publication avancée en ligne le 4 octobre. doi: 10.1016/S0140-6736(12)61682-1



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