Devant l’augmentation régulière de l’incidence du diabète de
type 2 et l’intérêt d’une prise en charge précoce, se pose avec
acuité la question du dépistage systématique, à l’instar de celui
du cancer du côlon par exemple. Plusieurs modélisations ont établi
que ce type de dépistage serait simple et plutôt bien accepté par
la population. Ces travaux n’ont toutefois pas prouvé que le
dépistage systématique apporte un bénéfice supérieur au dépistage «
opportuniste » ciblé, tel qu’il est réalisé en pratique courante,
selon les recommandations.
Une équipe du Royaume-Uni a pris le sujet à bras-le-corps et
réalisé un essai randomisé. L’objectif était de comparer la
mortalité de deux groupes de patients jugés comme à haut risque
d’avoir un diabète non diagnostiqué, les uns étant dépistés de
manière systématique, les autres non (groupe témoin). La population
totale était de plus de 20 000 individus, âgés de 40-69 ans. Plus
de 15 000 d’entre eux (n = 15 089), ont reçu une invitation à venir
se faire dépister et 73 % ont accepté de le faire. Le groupe témoin
était constitué de 4 137 patients.
Le dépistage se faisait en plusieurs étapes successives,
glycémie capillaire et hémoglobine glyquée (HbA1c), puis glycémie
capillaire à jeun et confirmation par un test de tolérance au
glucose. Un diagnostic de diabète a ainsi été posé chez 466
patients (3 %) qui ont été traités de manière intensive ou non.
Au cours du suivi d’une durée médiane de 9,6 ans (184 057
personnes-années) sont survenus 1 532 décès dans le groupe
dépistage systématique et 377 dans le groupe contrôle.
Il n’apparaît pas de différence significative de la mortalité
toutes causes confondues à 10 ans entre les patients ayant
bénéficié du dépistage systématique et le groupe témoin (Hazard
Ratio [HR] 1,06 ; intervalle de confiance à 95 % ; [IC] 0,90 à
1,25). La mortalité de cause cardiovasculaire (HR 1,02 ; IC ;
0,75–1,38), par cancer (HR : 1,08 ; IC : 0,90–1,30) ou liée au
diabète (1,26 ; IC 0,75–2,10) n’est pas non plus moindre pour les
patients dépistés systématiquement.
Pour expliquer ce résultat, les auteurs avancent plusieurs
hypothèses. Celle d’une dilution de l’effet, à la fois du fait de
la poursuite d’un dépistage opportuniste en pratique courante et du
refus de 17 % des patients de se soumettre au dépistage
systématique. Celle de la méthode aussi, un seul dépistage ayant
été proposé. Enfin, une autre hypothèse est que le nombre de
patients dépistés comme diabétiques est finalement plus faible
qu’attendu (3 % seulement), de sorte que si le dépistage
systématique a pu être bénéfique pour ces derniers, leur proportion
est trop faible pour affecter la mortalité de la cohorte entière.
Il est fort possible que dans une population où le dépistage
opportuniste et la prévention sont insuffisants, le dépistage
systématique serait plus efficace que ce qui est constaté dans
cette étude.
Dr Roseline Péluchon
Simmons RK et coll. : Screening for type 2 diabetes and population mortality over 10 years (ADDITION-Cambridge): a cluster-randomised controlled trial. Lancet 2012; publication avancée en ligne le 4 octobre. doi: 10.1016/S0140-6736(12)61422-6.
Engelgau MM et coll. :Tackling the global diabetes burden: will screening help? Lancet 2012; publication avancée en ligne le 4 octobre. doi: 10.1016/S0140-6736(12)61682-1
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