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Contrôle glycémique étroit après chirurgie cardiaque chez l’enfant : un intérêt controversé

Publié le 15/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Les cardiopathies congénitales constituent les malformations néonatales les plus fréquentes et la morbi-mortalité post-opératoire reste assez élevée chez l’enfant. L’identification de facteurs de risque modifiables au cours de cette période critique permettrait d’en améliorer le pronostic. L’incidence de l’hyperglycémie est particulièrement forte, touchant jusqu’à 90 % des jeunes opérés dans certaines séries, mais son association avec la morbidité péri-opératoire n’a pas été prouvée et l’impact d’un contrôle glycémique étroit reste controversé : en 2009 une vaste étude internationale (la NICE-SUGAR study) a montré que ce type de prise en charge augmentait la mortalité chez les enfants en soins cardiaques intensifs, tandis que la même année une autre étude mettait en évidence un effet bénéfique sur la mortalité, au prix d’un taux important d’hypoglycémies sévères.  A l’heure actuelle le contrôle étroit de la glycémie n’est pas une pratique systématique dans les unités de soins cardiaques intensifs pédiatriques, tant par crainte des effets délétères des hypoglycémies induites par l’insuline sur un cerveau en cours de développement que du fait des résultats contradictoires des essais cliniques d’une telle approche chez l’adulte. 

Une équipe américaine a réalisé un essai prospectif randomisé incluant 980 enfants entre 0 et 36 mois admis en soins intensifs au décours d’une intervention cardiaque avec circulation extracorporelle. Après exclusion des sujets diabétiques, les patients éligibles ont été randomisés en 2 groupes: dans le premier groupe une surveillance transcutanée continue par glucomètre permettait de déterminer la fréquence des mesures de la glycémie au lit du malade et l’administration d’insuline était guidée par un algorithme ciblant un niveau de glycémie entre 0,80 et 1,10 g/l (4,4 à  6,1 mmol/l) ; dans le deuxième groupe la prise en charge était standard et le traitement laissé à l’appréciation du réanimateur. Le critère principal était le taux d’infections liées aux soins, et non la mortalité comme dans les études pédiatriques précitées car les décès dans cette population sont principalement liés à l’anomalie cardiaque sous-jacente et à la qualité de la réparation chirurgicale ; les critères secondaires comprenaient la mortalité, la durée du séjour, une insuffisance rénale ou hépatique et le pourcentage d’enfants présentant une hypoglycémie.

Une insulinothérapie a été instituée chez 91 % des enfants du groupe sous contrôle glycémique étroit contre 2 % dans le groupe pris en charge de façon standard. La normoglycémie  était plus rapidement atteinte grâce au contrôle glycémique étroit (6 heures contre 16 heures avec la prise en charge standard ; p<0,001) et elle était maintenue pendant une plus grande partie de la période critique (50 % contre 33 % ; p<0,001), mais le contrôle glycémique étroit n’était pas associé à une diminution significative du taux d’infections liées aux soins. Les critères secondaires ne différaient pas significativement entre les 2 groupes et le contrôle glycémique étroit n’apportait pas de bénéfice particulier aux sous-groupes à haut risque. Au plan de la tolérance seulement 3 % des patients sous contrôle glycémique étroit ont présenté une hypoglycémie sévère (définie par une glycémie inférieure à 40mg/dl ou 2,2 mmol/l), alors que ce taux atteignait 25 % dans une étude dont les valeurs cibles de la glycémie étaient très basses.

Cette nouvelle étude menée dans une population d’enfants à haut risque, susceptibles de bénéficier d’un contrôle glycémique étroit, a montré que la normoglycémie pouvait être obtenue avec un faible taux d’hypoglycémies après chirurgie cardiaque avec CEC, grâce à un algorithme de traitement par insuline dont les valeurs cibles de la glycémie étaient dans une fourchette normale. Néanmoins ce type de prise en charge ne réduisait pas la morbidité au cours de la période post-opératoire critique et les résultats obtenus n’incitent pas à la recommander systématiquement dans cette population d’enfants.



Dr Gabriel Soyeux


Agus MSD et coll: Tight Glycemic Control versus Standard Care after Pediatric Cardiac Surgery”. N Engl J Med., 2012. DOI: 10.1056/NEJMoa1206044
Kavanagh BP : Glucose in the ICU — Evidence, Guidelines, and Outcomes. N Engl J Med., 2012. DOI: 10.1056/NEJMe1209429




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