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Inaccessibles mécanismes de défense…

Publié le 17/10/2012   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Décrits par Freud pour la première fois en 1894, les mécanismes de défense psychique constituent depuis pour les psychothérapeutes, une préoccupation importante à laquelle The American Journal of Psychiatry consacre un éditorial. Les comparant au phénomène de créativité, l’auteur estime que ces mécanismes reflètent aussi « des processus psychiques indissociables en composantes distinctes », impossibles à « mesurer avec précision ni à étiqueter de façon univoque », et ne se prêtant donc « pas facilement à des cotations au moyen d’échelles d’évaluation » (rating scales). Freud et sa fille (Anna [1]) ont identifié « la plupart des mécanismes de défense dont on parle encore aujourd’hui » et précisé « leurs cinq grandes propriétés » :

–Le processus de défense constitue « l’un des principaux moyens » de « ménager affects et conflits. »
–À l’œuvre dans cette gestion des conflits, il y demeure « relativement inconscient. »
–Ces mécanismes de défense restent « distincts les uns des autres » (discrete from one another : l’auteur semble vouloir dire là qu’il n’existerait pas de chevauchement d’un mécanisme à l’autre, que leur modélisation serait « discrète » –au sens de la théorie de la communication– et non analogique.)
–Bien qu’ils s’intègrent souvent aux caractéristiques des « principales problématiques psychiatriques », ces mécanismes se révèlent toutefois « réversibles. »
–Enfin, ils peuvent se présenter autant comme un phénomène physiologique (à valeur d’adaptation à des contextes anxiogènes) que pathologique.

Mais à l’heure de l’Evidence-based medicine triomphante et du DSM mondialisé, on peut oser cette question iconoclaste : les mécanismes de défense existent-ils réellement ou s’apparentent-ils, comme l’âme selon Claude Bernard, à un concept inaccessible « sous la pointe du scalpel ? » On apprend ainsi qu’un groupe de cinq experts chargés de réfléchir sur leur possible inclusion dans le DSM (sous forme d’un éventuel sixième axe) ont d’ailleurs jeté l’éponge, découragés par la « tour de Babel » de ces mécanismes : « Dans un rayon de 30 miles (48 km) autour de San Francisco, ces cinq experts avaient développé chacun leur propre système de nomenclature des défenses, tous différents les uns des autres ! » Et incompatibles entre eux… Pourtant, remarque l’auteur, « même une modeste consolidation des défenses » entraîne pour l’intéressé une « amélioration importante. »

 

[1] http://www.leconflit.com/article-le-moi-et-les-mecanismes-de-defense-d-anna-freud-48734497.html



Dr Alain Cohen


Vaillant G : Lifting the field’s “repression” of defenses. Am J Psychiatry 2012; 169: 885-887.



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Vos réactions

L'impérialisme de l'EBM et des DSM

Le 23 octobre 2012

Merci de cette information intéressante. Mais on ne peut pas ne pas y réagir car elle témoigne du dramatique abaissement du niveau de réflexion et de pensée auquel nous conduit l'impérialisme et l'idéalisation excessive de l'EBM et des DSM en eux mêmes très discutables...alors qu'ils doivent rester à leur niveau d'instruments d'une valeur du reste très limitée et relative...Bien entendu, l'âme ne se voit pas au bout d'un scalpel, pas plus que Dieu, selon Gagarine, ne se voyait dans l'espace ni qu'un théologien ne saurait valablement discuter de la fonction glycogénique du foie...On ne voit pas non plus les quarks avec une loupe ou un télescope...! Pour ceux qui prennent encore ce scientisme, ces amalgames, ces erreurs méthodologiques érigées en dogme, pour la vérité absolue, il faut inciter à la réflexion et à la prise de recul...est-ce encore possible ?

Pr. M. Marie-Cardine, Lyon

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