Décrits par Freud pour la première fois en 1894, les mécanismes
de défense psychique constituent depuis pour les psychothérapeutes,
une préoccupation importante à laquelle The American Journal of
Psychiatry consacre un éditorial. Les comparant au phénomène
de créativité, l’auteur estime que ces mécanismes reflètent aussi «
des processus psychiques indissociables en composantes
distinctes », impossibles à « mesurer avec précision ni à
étiqueter de façon univoque », et ne se prêtant donc « pas
facilement à des cotations au moyen d’échelles d’évaluation »
(rating scales). Freud et sa fille (Anna [1]) ont identifié «
la plupart des mécanismes de défense dont on parle encore
aujourd’hui » et précisé « leurs cinq grandes
propriétés » :
–Le processus de défense constitue « l’un des principaux
moyens » de « ménager affects et conflits. »
–À l’œuvre dans cette gestion des conflits, il y demeure «
relativement inconscient. »
–Ces mécanismes de défense restent « distincts les uns des
autres » (discrete from one another : l’auteur semble vouloir
dire là qu’il n’existerait pas de chevauchement d’un mécanisme à
l’autre, que leur modélisation serait « discrète » –au
sens de la théorie de la communication– et non analogique.)
–Bien qu’ils s’intègrent souvent aux caractéristiques des «
principales problématiques psychiatriques », ces
mécanismes se révèlent toutefois « réversibles. »
–Enfin, ils peuvent se présenter autant comme un phénomène
physiologique (à valeur d’adaptation à des contextes anxiogènes)
que pathologique.
Mais à l’heure de l’Evidence-based medicine triomphante et du
DSM mondialisé, on peut oser cette question iconoclaste : les
mécanismes de défense existent-ils réellement ou s’apparentent-ils,
comme l’âme selon Claude Bernard, à un concept inaccessible «
sous la pointe du scalpel ? » On apprend ainsi qu’un
groupe de cinq experts chargés de réfléchir sur leur possible
inclusion dans le DSM (sous forme d’un éventuel sixième axe) ont
d’ailleurs jeté l’éponge, découragés par la « tour de Babel » de
ces mécanismes : « Dans un rayon de 30 miles (48 km) autour de
San Francisco, ces cinq experts avaient développé chacun leur
propre système de nomenclature des défenses, tous différents les
uns des autres ! » Et incompatibles entre eux… Pourtant,
remarque l’auteur, « même une modeste consolidation des
défenses » entraîne pour l’intéressé une « amélioration
importante. »
[1]
http://www.leconflit.com/article-le-moi-et-les-mecanismes-de-defense-d-anna-freud-48734497.html
Dr Alain Cohen
Vaillant G : Lifting the field’s “repression” of defenses. Am J Psychiatry 2012; 169: 885-887.
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Vos réactions |
L'impérialisme de l'EBM et des DSM
Le 23 octobre 2012
Merci de cette information intéressante. Mais on ne peut pas ne pas y réagir car elle témoigne du dramatique abaissement du niveau de réflexion et de pensée auquel nous conduit l'impérialisme et l'idéalisation excessive de l'EBM et des DSM en eux mêmes très discutables...alors qu'ils doivent rester à leur niveau d'instruments d'une valeur du reste très limitée et relative...Bien entendu, l'âme ne se voit pas au bout d'un scalpel, pas plus que Dieu, selon Gagarine, ne se voyait dans l'espace ni qu'un théologien ne saurait valablement discuter de la fonction glycogénique du foie...On ne voit pas non plus les quarks avec une loupe ou un télescope...! Pour ceux qui prennent encore ce scientisme, ces amalgames, ces erreurs méthodologiques érigées en dogme, pour la vérité absolue, il faut inciter à la réflexion et à la prise de recul...est-ce encore possible ?
Pr. M. Marie-Cardine, Lyon
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