Dans quelle mesure les symptômes dépressifs, en dehors d’un
syndrome constitué, peuvent-ils être annonciateurs d’arrêts maladie
de longue durée ?
Pour répondre à cette question, R Rugulies et coll. ont
soumis 10 % des employées du secteur gériatrique au Danemark (soit
6 670 femmes indemnes de dépression et représentatives de leur
corporation sur le plan national) à une évaluation par le MDI
(Major Depression Inventory) sur 6 mois. La moyenne d’âge était de
46 ± 9,3 ans. Les absences de longue durée (arrêts de 3 semaines et
plus) ont été comptabilisées sur une année de suivi. Les facteurs
de confusion pris en compte ont été les données
sociodémographiques, l’hygiène de vie, le statut de soignant, le
nombre d’arrêts de longue durée sur les 12 semaines antérieures à
l’inclusion.
Le score MDI global s’est montré prédictif d’arrêts de longue
durée. Parmi les signes dépressifs dont la fréquence était
élevée (présents au cours d’un peu plus de la moitié des 15 jours
précédents), les plus souvent rencontrés étaient le manque
d’énergie et de force (7,7 %), et les troubles du sommeil (5,8 %).
Parmi 12 symptômes de dépression, 3 ont été prédictifs d’arrêts de
longue durée après ajustement : abattement et tristesse (rapport de
risque Hazard Ratio [HR 1,50), manque d’énergie et de force (HR
1,41), troubles du sommeil (HR 1,42).
Les liens entre troubles du sommeil, dépression et arrêts de
longue durée sont vraisemblablement complexes. Les troubles du
sommeil peuvent être à l’origine d’arrêts pour des motifs
somatiques ou psychiatriques. Le repérage et la prise en charge
précoces des 2 signes les plus fréquents, prédictifs d’absences de
longue durée, pourraient avoir un effet préventif sur les arrêts.
Un lien peut également être établi avec des conditions de travail
défavorables, elles-mêmes impliquées dans le surmenage et les
troubles du sommeil. Les résultats de cette étude ont peut-être été
toutefois « sur ajustés », certaines co-variables n’étant pas des
facteurs confondants mais des éléments d’une relation de causalité.
L’absence d’informations sur d’éventuelles maladies somatiques a
gêné l’interprétation des signes dépressifs (dépression
sub-clinique ? expression de pathologie somatique ?). De plus les
motifs d’arrêt étaient inconnus. Il n’est pas certain que les
résultats s’appliquent aux hommes ni aux secteurs professionnels
autres que le soin.
Les actions en milieu de travail visant notamment à diminuer les
symptômes dépressifs pourraient avoir un effet sur le nombre
d’arrêts de longue durée.
Dr Anne Bourdieu
Rugulies R et coll. : To what extent do single symptoms from a depression rating scale predict risk of long-term sickness absence among employees who are free of clinical depression? Int Arch Occup Environ Health., 2012 ; publication avancée en ligne le 23 août.
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