Pour lutter contre l’épidémie d’obésité, on considère souvent
qu’un affichage des apports caloriques des produits vendus au
fast-food doit être imposé. Pourtant, les preuves scientifiques de
l’intérêt d’une telle mesure sont minces. Jusqu’à récemment, seules
trois études avaient examiné l’effet de l’affichage des calories,
aboutissant à des résultats contradictoires. Les conclusions de
deux nouvelles expérimentations renforcent les doutes.
Pâtes ou salade ?
- Dans la première expérimentation, 149 étudiantes (âge
moyen : 19 ans) ont été réparties en trois groupes. Elles devaient
toutes choisir entre un plat de pâtes et une salade dont les
apports caloriques étaient identiques (1 200 kcal). La composition
réelle des plats était toujours précisée (sous forme d’une liste
d’ingrédients) mais la teneur en calories était mentionnée
différemment dans les trois groupes : salades 1 200 kcal/pâtes 600
kcal, ou salades 600 kcal/pâtes 1 200 kcal, ou aucune information
(groupe témoin). En outre, le niveau de restriction alimentaire
était évalué à l’aide d’un questionnaire validé et les
volontaires étaient classés en deux groupes : « les restreintes »
et les « non restreintes ».
- Dans la seconde expérimentation, des hommes étaient
également inclus et l’information de la teneur en calories était
associée à une indication sur l’apport calorique journalier
recommandé. En outre, un quatrième groupe était constitué, dans
lequel la teneur en calorie réelle (1 200 kcal pour les deux plats)
était mentionnée. Enfin, au-delà du choix des participants, leur
consommation réelle lors du repas était aussi enregistrée.
En l’absence d’information sur la teneur calorique, « les
restreints » choisissaient plus souvent la salade (certainement car
elle était considérée comme moins calorique) alors que les « non
restreints » se tournaient plus volontiers vers les pâtes
(probablement plus appréciées que la salade). L’indication de la
teneur en calories influençait le choix des « restreints » qui
s’orientaient vers le plat affiché comme le moins calorique (qu’il
s’agisse des pâtes ou de la salade). En revanche, l’information
concernant l’apport énergétique ne modifiait pas le choix des « non
restreints ».
En outre, la seconde expérimentation montre que les volontaires
qui choisissaient les plats les plus caloriques ne réduisaient pas
leur consommation énergétique. Néanmoins, les « non restreints »
réduisaient légèrement leur apport, en particulier quand
l’indication concernant l’apport calorique quotidien recommandé
était fournie.
Pas la meilleure façon de lutter contre l’obésité
Bien que les expérimentateurs aient tout mis en œuvre pour
simuler une prise alimentaire au restaurant, les conditions restent
bien différentes de la situation réelle, notamment en société ou
les choix alimentaires sont influencés par d’autres facteurs.
Malgré cette importante limite, cette étude montre qu’il n’est pas
évident qu’indiquer les calories au restaurant soit un moyen
efficace pour orienter les choix des consommateurs, en particulier
qui ne sont pas « restreints » et donc n’ayant pas l’intention de
suivre un régime. On peut d’ailleurs rappeler que certains travaux
antérieurs montrent un effet inverse de l’affichage des calories
entraînant les volontaires à manger davantage !
En conclusion de leur travail, les auteurs suggèrent que
l’indication des apports caloriques n’est probablement pas la
meilleure façon de lutter contre l’obésité.
Dr Boris Hansel
Girz L, Polivy J, Herman CP, Lee H : The effects of calorie information on food selection and intake. Int J Obes (Lond). 2012 ;36 : 1340-5. doi: 10.1038/ijo.2011.135.
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