On sait que la survie après un arrêt cardiaque survenant en
dehors de l'hôpital dépend, entre autres facteurs, de la vitesse à
laquelle les éventuels témoins de l'événement débutent une
réanimation cardio-pulmonaire (RCP).
Pour préciser les déterminants d'une intervention
potentiellement salvatrice de la part des témoins, un groupe
d'urgentistes et d'épidémiologistes américains à étudié l'influence
de facteurs socio-économiques et ethniques sur le déclenchement
d'une RCP par des personnes n'appartenant pas aux équipes d'urgence
mobiles. Comilla Sasson et coll. se sont servis pour leur étude du
registre multicentrique CARES (Cardiac Arrest Registry to Enhance
Survival) qui regroupe des données concernant plus de 20 000 arrêts
circulatoires extra-hospitaliers survenus entre 2005 et 2009 dans
29 sites du pays regroupant une population de 22 millions
d'habitants. Après exclusion des événements survenus dans un centre
médicalisé ou devant des membres des équipes de secours, il est
resté 14 225 dossiers qui ont pu être analysés.
Pour chaque cas il a été possible de savoir quel était le niveau
socio-économique du quartier où était survenu l'événement (en se
servant du code postal). De plus, Sasson et coll. ont colligé les
caractéristiques ethniques des victimes (classées en blancs, noirs,
"hispaniques" [sud-américains non blancs] ou autres) et celles des
quartiers où l'arrêt cardiaque avait justifié l'appel des secours
(à plus de 80 % habités par des Blancs ou des Noirs ou considérés
comme intégrés lorsque ces pourcentage étaient inférieurs à 80 %).
Il faut noter ici que ce type d'études ethniques est totalement
impossible en
France puisque les statistiques ethniques y sont
interdites.
Les résultats sont riches d'enseignement.
Les Blancs sont plus souvent massés...
L'ethnie de la victime apparaît tout d'abord comme un facteur
important du déclenchement d'une RCP par les témoins puisque
lorsque l'arrêt cardiaque concernait un Blanc, une RCP avait
précédé l'arrivée des secours dans 33 % des cas contre 22 % s'il
s'agissait d'un Noir et 27 % si le sujet était considéré comme
hispanique. Il est important de préciser que ces différences de
"traitement" sont apparues comme indépendantes de la zone
géographique dans laquelle les événements étaient survenus.
...et massent plus
En dehors des caractéristiques ethniques de la victime, les
données concernant l'environnement socio-économiques et
démographiques du quartier où l'arrêt cardiaque était intervenu ont
également fortement influé sur la pratique d'une RCP par les
témoins. C'est ainsi que les arrêts circulatoires survenus dans un
quartier riche (plus de 50 000 dollars de revenu médian annuel) et
blanc ont bénéficié d'une telle RCP dans 37 % des cas contre 18 %
dans les quartiers pauvres (moins de 30 000 dollars de revenu
médian) et noirs ! Une analyse plus fine révèle de plus que le
critère ethnique apparaît aux Etats-Unis comme plus important que
le niveau de revenu de la population puisque dans les quartiers
riches (plus de 50 000 dollars de revenu) habités par une
population à dominante noire le taux de RCP ne monte qu'a 25 %
alors qu'il est de 28 % dans les quartiers pauvres habités par plus
de 80 % de blancs.
Cibler la formation à la RCP
A côté de ces enseignements relativement nouveaux (et
dérangeants) l'étude a confirmé des éléments déjà connus. Ainsi la
probabilité de bénéficier d'une RCP avant l'arrivée des secours est
plus élevée lorsque l'arrêt survient devant témoins (38 % contre 22
%), lorsque l'événement se produit dans un bâtiment public plutôt
qu'à domicile (47 % contre 26 %). De même le registre CARES montre
une fois de plus que les victimes qui ont bénéficié d'une RCP par
des témoins avaient plus souvent un rythme cardiaque choquable à
l'arrivée des secours et ont plus souvent survécu sans séquelles
neurologiques que les autres.
Que conclure de ces influences économiques et ethniques sur la
prise en charge des arrêts cardiaques extra-hospitaliers ?
D'une part, comme le montre l'importance de l'ethnie de la
victime, que les préjugés raciaux n'ont sans doute pas disparu au
pays dont Barack Obama est Président (comme peut-être ailleurs
!).
D'autre part, et de façon plus constructive, que des efforts
d'apprentissage des gestes de premiers secours doivent être
particulièrement ciblés vers les populations les plus déshérités et
doivent probablement être adaptés à leur environnement culturel et
linguistique.
Dr Anastasia Roublev
Sasson C et coll.: Association of neighborhood characteristics with bystander-initiated CPR. N Engl J Med 2012; 367: 1607-15.
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Former les nouvelles générations
Le 08 novembre 2012
Fournir aux collèges, associés aux CESU et/ou à la Croix Rouge les moyens de former les nouvelles générations aux gestes de RCP me semble indispensable.
On le fait dans les établissements publics de santé, c'est très bien mais insuffisant.
On le fait à l'école primaire et les enfant sont très attentifs et engagés, responsables pour leur jeune âge.
Misons dans notre société sur une grande majorité de gens capables de faire les premiers soins. De surcroît, cela renforcerait le sentiment de citoyenneté.
Michel Grand-Jean
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