Face à un cancer prostatique localisé apparemment à faible
risque, deux stratégies ont été proposées en tant qu’alternative à
toute autre forme de traitement : le suivi actif (SA), d’une part,
l’attentisme vigilant (AV) d’autre part. Ces stratégies forcément
assez voisines ne font ni l’une ni l’autre l’unanimité chez les
spécialistes de la question. Une analyse approfondie et
systématique des données de la littérature médicale internationale
permet de se faire une idée sur cette problématique. Cette
revue a porté sur les articles publiés jusqu’en août 2011. Un
seul opérateur a sélectionné et extrait les données, cependant
qu’un autre a vérifié les résultats quantitatifs. Les articles
retenus ont ensuite été évalués par deux opérateurs indépendants
qui ont apprécié leur qualité et leur validité en termes de
comparaison de divers groupes. Cette collecte des données a conduit
à retenir :
• Des études de cohortes indépendantes au nombre de 16,
définissant toutes le SA de façon précise
• Des études au nombre de 42 qui ont évalué les facteurs
conditionnant le recours à une approche d’observation plutôt qu’à
un traitement
• Deux rapports d’experts sur la question
• Des études récentes au nombre de 22 qui ont comparé l’AV aux
traitements curatifs entrepris d’emblée
Le critère le plus souvent invoqué pour autoriser un SA a été le
stade de lésion prostatique (toutes les cohortes), le score de
Gleason (12 cohortes), les taux de PSA (10 cohortes) ou le nombre
de biopsies positives (8 cohortes). Les modalités de la
surveillance combinaient le plus souvent : dosage périodique du PSA
(toutes les cohortes), toucher rectal (14 cohortes) et/ou nouvelle
biopsie (n=14).
Les variables prédictives du recours à l’observation plutôt qu’à
une stratégie d’emblée curative ont été les suivants : âge (élevé),
co-morbidités, score de Gleason (bas), stade de la tumeur, taux
initial du PSA, faible risque a priori. Aucune étude n’a comparé
directement l’attentisme et les traitements curatifs.
D’une manière générale, une tendance s’est tout de même dessinée
en faveur de ces derniers qui ont semblé être plus efficace que
l’AV dans certaines études pas toutes récentes.
Dans toutes les publications, la SA et l’AV n’ont pas été
clairement différenciés. En outre, dans les essais randomisés, seul
l’AV a été évalué et les patients chez lesquels le diagnostic avait
été posé lors d’un dépistage par dosage des PSA n’étaient pas
inclus. Au terme de cette revue de grande envergure, c’est la
déception qui prédomine. Il n’existe pas actuellement de données
nécessaires et suffisantes pour considérer que le SA ou l’AV est
une option valable face à un cancer prostatique localisé. Il manque
aussi une définition précise de ces deux stratégies de
surveillance.
Dr Philippe Tellier
Lau J et coll. : Active Surveillance in Men With Localized Prostate Cancer: A Systematic Review. Ann Intern Med., 2012 ; 156 : 582-590.
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Vos réactions |
Le suivi attentif et l'attentisme vigilant
Le 04 novembre 2012
Bonjour,
Il est fort dommage que Jules Romains ne soit plus de ce monde. Il aurait pu faire dire au docteur Knock les différences subtiles qui existent entre le "suivi actif " effectué par le docteur Machin et "l'attentisme vigilant" du docteur Truc. Ces discussions pathétiques de sottise sont dignes des diafoirus qui les entament pour de mauvaises raisons.
Les conflits d'intérêt sont loin de se limiter à des histoires d'argent... Les diafoirus qui ont pris position pour une des deux méthodes s'affrontent dans des querelles stériles dont il ne sort rien le principal étant de ne pas ceder un pouce de terrain à leurs contradicteurs...
Compte tenu de la grande imbécilité de ces démarches décisionnelles, je propose donc qu'on laisse au malade le soin de décider lui-même s'il est atteint d'un gentil cancer de prostate qui ne nécessite qu'un attentisme vigilant ou d'un moins gentil qui nécessite un suivi
attentif et de renvoyer Diafoirus et Knock à leurs chères études;
Pour ma part ce sera le suivi actif et la prostatectomie si besoin ...
Dr Jean-François Huet
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