L’hypotension artérielle est une complication reconnue des
intubations suivies de ventilation assistée. Les mécanismes en
cause sont multiples et les conséquences mal évaluées. Une étude
rétrospective, réalisée dans un service d’urgences, a examiné
l'incidence de ce phénomène après intubation dans un contexte aigu,
ainsi que son association éventuelle avec la mortalité
hospitalière.
Les patients étudiés ne devaient pas être hypotendus avant
l'intubation, ni recevoir d’amines vasopressives. Les malades
intubés avant leur arrivée aux urgences ou en post arrêt cardiaque
ont également été exclus de l’analyse. Dans cette unité, la plupart
des intubations se fait sous étomidate et succinylcholine.
L’hypotension post-intubation a été définie comme une pression
artérielle systolique inférieure à 90 mmHg par mesure non-invasive
au cours des 60 minutes suivant le geste. Le critère de jugement
principal était la mortalité hospitalière et parmi les survivants,
les durées de séjour en soins intensifs et à l’hôpital ont été
relevées.
Sur les 465 patients ayant subi une intubation en urgence sur la
durée de l’étude (un an), 336 ont satisfait les critères
d'inclusion et leurs dossiers ont été analysés. Une hypotension
après l’intubation s'est produite chez 79 (23 %) patients. Ceux-ci
étaient en moyenne légèrement plus âgés et avec plus de
comorbidités que les malades sans hypotension. Le délai médian
d’apparition de la baisse de pression artérielle après l’intubation
a été de 11 minutes (intervalle interquartile de 2 à 27
minutes).
Les malades hypotendus ont une mortalité hospitalière
significativement plus élevé par rapport au reste des sujets : 33 %
vs 21 %, soit une différence de 12 % (intervalle de confiance
à 95 % de 1 % à 23 %). La durée moyenne du séjour en soins
intensifs est plus longue dans le groupe avec hypotension de
9,7 jours par rapport à 5,9 jours (p<0,01). Il est observé
le même phénomène sur la durée de séjour hospitalière : de 17,0
jours dans le groupe avec hypotension artérielle contre 11,4 jours
pour les autres patients (p<0,01). L’existence d’une hypotension
après l'intubation demeure un facteur prédictif important de la
mortalité hospitalière après ajustement pour les facteurs
confondants, comme l’âge, l’existence d’une dysfonction
ventriculaire gauche ou d’une insuffisance respiratoire chronique
et analyse par régression logistique multivariée : l’odds ratio est
de 1,9 (intervalle de confiance à 95 % de 1,1 à 3,5).
Ainsi, dans cette étude, une hypotension artérielle systolique
se produit dans environ 25 % des intubations réalisées en
urgence et est indépendamment associée à une augmentation
de la mortalité et des durées d’hospitalisation.
Dr Béatrice Jourdain
Heffner A. et coll. : Frequency and significance of postintubation hypotension during emergency airway management. Journal of Critical Care 2012; 27: e9–417.e13
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