Les chutes sont une cause très fréquente de blessures chez les
sujets âgés et sont responsables de 90 % des fractures de la hanche
et du poignet. Trente pour cent des sujets âgés vivant seuls et 50
% de ceux qui sont institutionnalisés tombent au moins une fois par
an.
La prévention des chutes dans cette population est donc une
priorité en santé publique.
Cependant, pour une prévention efficace, la connaissance du
mécanisme de la chute revêt une grande importance.
Cette étude canadienne menée d’avril 2007 à juin 2010 avait pour
objectif de répondre à la double question suivante : pourquoi et
comment la chute survient-elle ?
Pour le préciser, les auteurs ont réalisé des enregistrement
vidéos dans 2 établissements de long séjour (New vista et Delta
view).
Les caméras n’étaient pas installées dans les chambres des
résidents, mais dans les espaces communs (salles à manger, salons,
couloir).
Pour chaque chute, le personnel soignant déclarait l’incident,
une équipe récupérait la vidéo correspondante et les circonstances
de la chute étaient analysées par 3 experts qui remplissaient un
questionnaire mentionnant la cause du déséquilibre et les
circonstances menant à la chute.
Les résidents de New vista (n =180) avaient un âge moyen de 81
ans (DS : 12). 67 % étaient des femmes et 17 % étaient atteints de
la maladie d’Alzheimer. Ceux de Delta View avaient 82 ans (DS :10),
61 % étaient des femmes et 38 % avaient une maladie
d’Alzheimer.
Parmi les 130 personnes qui sont tombées, l’âge moyen était de
78 ans (DS : 10) et 52 % étaient des femmes.
Ce n’est pas tant la glissade
Pour 86 participants on disposait de l’enregistrement vidéo
d’une chute, pour 26 de 2 chutes, pour 9 de 3 et pour les 9
derniers de 4 ou plus, soit un total de 227 chutes.
La cause de chute de loin la plus fréquente était un transfert
du poids du corps inadapté (41% des cas), défini par un déplacement
du centre de gravité, comme par exemple un balancement excessif du
tronc, une perte de balancement des bras, un freezing, une marche
festinante (caractéristiques de la maladie de Parkinson). Le
mécanisme est ici différent de celui qui prévaut quand on trébuche,
se cogne, ou glisse car l’origine du déséquilibre est interne
plutôt qu’extérieure. Dans les autres cas, ce qui avait conduit à
tomber avait été le fait de trébucher (21 %) ou de se cogner (11
%), une perte de soutien (« dérobement », 11 %), une perte de
connaissance (11 %), une glissade (3 %).
Les 3 situations les plus fréquentes, associées aux chutes,
étaient la marche (24 %), la station debout simple (13 %) et le
passage à la position assise (12 %).
Vingt et un pour cent des chutes se sont produites alors que le
sujet utilisait une aide à la mobilité (fauteuil roulant,
déambulateur).
La proportion des patients atteints de maladie d’Alzheimer était
plus importante parmi ceux qui sont tombés que parmi ceux qui n’ont
pas eu ce type d’accident (34 % vs 16 % p=0,04).
Curieusement, les glissades n’ont provoqué que 3 % des
chutes.
Ces résultats mettent l’accent sur la nécessité de cibler au
mieux les causes et les circonstances favorisant les chutes chez le
sujet âgé afin d’adapter les actions de prévention au mieux.
Dr Juliette Lasoudris Laloux
Robinovitch SN et coll. : Video capture of the circumstances of falls in elderly people
residing in long-term care: an observational study. Lancet, 2012 ; publication avancée en ligne le 17 octobre. doi: 10.1016/S0140-6736(12)61263-X.
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