Depuis 1980 (avec la Première Guerre du Golfe menée contre
l’Iran, et qui se solda par « un million de morts et des
centaines de milliers de blessés », au terme d’une guerre de
tranchées de huit ans), l’Irak vit en situation de conflits, soit
ouverts et militaires (Seconde Guerre du Golfe, après l’invasion du
Koweït, en 1990) soit larvés et civils (avec une menace chronique
d’attentats terroristes). Dans ces conditions, on peut concevoir
l’incidence psychique de ces trente années terribles, et rechercher
notamment, comme le font des psychiatres irakiens eux-mêmes dans
Acta Psychiatrica Scandinavica, la « prévalence du trouble
explosif intermittent »[1] (TEI) en Irak.
Caractérisé par des « explosions de colère »
disproportionnées et des réactions inappropriées à des situations
déclenchantes, il s’agit d’un trouble du comportement (sur l’axe I
du DSM-IV-TR qu’il partage avec d’autres troubles du contrôle de
l’impulsivité comme la pyromanie ou les addictions aux jeux),
encore peu connu en dehors des États-Unis où sa prévalence
vie-entière [2] serait d’environ 4 à 7 % chez les sujets de plus de
18 ans et où chaque cas coûterait en moyenne 1 360 dollars en «
dommages à la propriété. »
En fait, notent les auteurs, « aucune recherche antérieure
ne semble avoir examiné la prévalence et les caractéristiques de ce
TEI en dehors des États-Unis. » Le constat surprenant de cette
étude explorant donc pour la première fois la prévalence du TEI
dans un autre pays, c’est que celle-ci est, avec une prévalence
vie-entière de 1,7 %, « moindre en Irak qu’aux États-Unis
», malgré « l’exposition générale à la guerre, au terrorisme et
à la violence. » On peut se demander si ce contexte trouble
constitue paradoxalement une sorte d’exutoire pour des pulsions
violentes se cristallisant ailleurs dans une pathologie comme le
TEI ? Mais bien que la prévalence du TEI soit plus faible en Irak,
les auteurs observent un âge moyen d’apparition plus précoce (18,5
ans), une tendance à la persistance, une association avec d’autres
troubles (en particulier anxio-dépressifs), et un retentissement
important sur l’existence. Déplorant le « manque de politiques
visant à réduire l’agressivité » dans leur pays, les
psychiatres irakiens soulignent donc « l’importance de
programmes de prévention de la violence, afin d’y réduire le
fardeau sociétal de la violence. »
[1]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_explosif_intermittent
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9valence
Dr Alain Cohen
A. Al-Hamzawi et coll. : The prevalence and correlates of intermittent explosive disorder in Iraq. Acta Psychiatrica Scandinavica 2012; 126: 219–228.
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