La valeur prédictive de la CRP et d’autres marqueurs de
l’inflammation dans la survenue de premiers événements
cardiovasculaires n’a cessé d’être au cœur d’un débat passionné
depuis le début des années 2000.
Dans les recommandations édictées par l’ACC (American
College of Cardiology) et l’AHA (American Heart
Association) en 2010, le dosage de la CRP est considéré
légitime chez les patients à risque intermédiaire.
Les investigateurs du groupe Emerging Risk Factors Collaboration
ont analysé les données issues de 52 études prospectives incluant
au total 246 669 participants sans antécédent de maladie
cardiovasculaire. Objectif : définir ce qu’ajoute le dosage
de la CRP et du fibrinogène dans la prédiction du risque
cardiovasculaire par rapport au recueil des seuls facteurs de
risque traditionnels.
La prise en compte du HDL cholestérol dans un modèle prédictif
incluant âge, sexe, statut tabagique, pression artérielle, diabète
et taux de cholestérol total permet d’augmenter l’index C
(indiquant les performances d’un modèle prédictif), de 0,0050.
Lorsqu’on y ajoute le dosage de la CRP ou du fibrinogène, cet index
s’élève alors de façon significative (p<0,001) respectivement de
0,0039 et de 0,0027, ce qui aboutit à une reclassification qui
améliore respectivement de 1,52 et 0,83 % (p<0,02) la prédiction
du risque à 10 ans pour les sujets à risque faible : <10
%, intermédiaire : 10 % à 20 %, ou élevé : ≥ 20 %.
Ainsi, sur une population de 100 000 adultes âgés de 40 ans ou
plus, 15 025 auraient été initialement considérés à risque
intermédiaire d’événement cardiovasculaire avec les facteurs de
risque traditionnels.
Selon les recommandations ATP III (Adult Treatment Panel III) 13
199 d’entre eux n’auraient pas été éligibles pour un traitement par
statine (destiné aux patients avec un risque ≥ 20 % ou
présentant un facteur de risque type diabète quel que soit leur
risque à 10 ans). Or le dosage de la CRP ou du fibrinogène
chez ces 13 199 sujets aurait conduit à la reclassification
de 690 d’entre eux dans la catégorie de risque élevé, ≥ 20 %.
Ceux-ci auraient alors pu recevoir une statine ce qui aurait permis
de prévenir approximativement 30 évènements cardiovasculaires
supplémentaires sur 10 ans.
En dépit d’une possible surestimation des bénéfices potentiels
des statines dans le modèle clinique utilisé (réduction du risque
de 20 %), ce travail tend donc à confirmer que l'inclusion de
la CRP ou du fibrinogène dans les modèles prédictifs globaux
existants pourrait, en précisant le risque cardiovasculaire chez
les patients à risque intermédiaire, contribuer à modifier
leur prise en charge et améliorer la prévention
cardiovasculaire.
Dr P. L.
The Emerging Risk Factors Collaboration. C-Reactive Protein, Fibrinogen, and Cardiovascular Disease Prediction. N Engl J Med 2012 ; 367 : 1310-20. DOI : 10.1056/NEJMoa1107477.
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