Les besoins nutritionnels et la physiologie digestive des
prématurés, variables avec le terme, sont de mieux en mieux connus.
La qualité de la croissance immédiate et ultérieure et l’impact de
la nutrition sur l’avenir intellectuel, et les risques
cardiovasculaires à l’âge adulte n’en demeurent pas moins des
sujets de préoccupation. L’adéquation avec les besoins des enfants,
des laits de femme provenant de lactarium, des laits pour
prématurés et des laits pour petits poids de naissance pose des
problèmes théoriques et pratiques.
Une équipe australienne fait le point sur ce sujet qui intéresse
non seulement les néonatologistes mais aussi tous les praticiens
qui suivent les enfants. Les besoins varient avec le degré de
prématurité, l’âge, la tolérance digestive et le degré de retard de
croissance intra-utérine et post-natale. Le but est de viser dans
un premier temps une croissance équivalente à celle du 3ème
trimestre de la grossesse mais cette cible est d’autant plus
difficile à obtenir que le poids de naissance est petit. D’autre
part, la prise de poids du fœtus varie au milieu de ce 3ème
trimestre de 15-20 g/kg/j à 10 g/kg prés du terme. La répartition
est aussi différente : un fœtus d’un kg a 80 % d’eau, 8 % de
protéines, 8 % de lipides. A terme, les proportions sont de 60 %
d’eau, 20 % de graisse. Il est pratiquement impossible d’obtenir
une croissance équivalente chez les prématurés. Ceux-ci sortent
souvent avec un retard de croissance en poids, taille et périmètre
crânien d’autant plus important que le temps de gestation a été
raccourci. Les besoins chez les plus petits, une fois à terme
corrigé, sont encore augmentés. D’autre part, les capacités
d’absorption sont relativement limitées mais l’immaturité digestive
porte surtout sur la motricité. Les besoins des plus petits poids
atteignent 140 cal/kg, en protéines 3,2 à 3,6 g/100 Kcal avec
des besoins particuliers en cystéine et taurine dont la synthèse
est insuffisante. Les protéines solubles doivent prédominer pour
faciliter l’évacuation gastrique. Les lipides sont constitués
d’acides gras poly-insaturés et de triglycérides à chaines moyennes
et les glucides de lactose et de polymères du glucose. Des
suppléments en calcium, phosphore, zinc doivent être assurés.
Dans tous les cas, le lait de la mère, ou à défaut le lait du
lactarium pour les plus petits, constitue la meilleure option pour
la protection anti-infectieuse, l’amélioration du transit et la
prévention de l’entérocolite ulcéro-nécosante. L’importance des
besoins explique la nécessité de supplémentation de ce lait, en
particulier en protides. A défaut, les laits pour prématurés sont
des formules spécifiquement adaptées dont la teneur en calories
atteint 80-82 Kcal% avec des apports en protéines, lipides,
oligo-éléments répondant aux besoins. Ces formules sont
habituellement poursuivies jusqu’à 37 semaines d’âge gestationnel
corrigé. Les laits pour petits poids de naissance sont des formules
intermédiaires apportant 72-74 Kcal% et 1,3-1,5 g% de protides
contre 67 et 1,3-1,5g pour les laits courants. Ils sont recommandés
en cas de retard de croissance persistant.
Au total, ces règles diététiques sont capitales pour assurer une
croissance à long terme et prévenir les complications
neuro-développementales.
Pr Jean-Jacques Baudon
Tudehope DI et coll. : Infant formulas for preterm infants: in-hospital and post-discharge.
J Pediatr Child Health 2012; 48: 768-76
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