Les patients survivant à un séjour en réanimation présentent
fréquemment des déficits cognitifs, persistants parfois de façon
très prolongée. Les études sur ces complications restent assez peu
nombreuses.
En particulier, l’intérêt des bilans neuropsychologiques dans la
prévision de séquelles à long terme n’est pas établi.
Une étude prospective a examiné si deux tests de repérage des
troubles cognitifs, le Mini-Mental State (MMS) et le
Mini-Cog, effectués à la sortie de l'hôpital permettaient de
prédire le déficit cognitif à 6 mois.
Les malades, âgés de 18 à 85 ans, ventilés au moins 48 heures,
ont été recrutés dans le service des traumatisés et l’unité de
soins intensifs respiratoire de l’hôpital de Salt Lake City. Les
critères d’exclusion regroupent les causes neurologiques
d’admission en soins intensifs ou la préexistence de troubles
psychiatriques ou d’une atteinte neurologique, ainsi que
certaines comorbidités connues pour s’associer à un déficit
cognitif (chirurgie cardiaque pour pontages coronariens ou
insuffisance rénale chronique par exemple).
Soixante-dix malades survivants sont inclus et ont réalisé un
MMS et un Mini-Cog avant leur sortie. Parmi ces 70 patients, 10
décèdent dans les 6 mois suivant leur sortie, 3 ont refusé le bilan
de suivi et 4 sont restés injoignables. Ainsi, 53 patients (76 %)
ont été disponibles pour le suivi à 6 mois et pour effectuer de
nouveaux tests neuropsychologiques.
Le jour de leur sortie, 45 patients (64 %) avaient des
performances altérées au MMS (score<27, moyenne de 24,4) et 32
(45 %) présentaient un déficit cognitif selon le Mini-Cog.
Vingt-sept patients (39 %) ont un score diminué aux 2 examens et
seulement 20 patients (28 %) ont obtenu des scores dans la
fourchette normale pour les deux tests. A 6 mois, des séquelles
cognitives sont observées chez 57 % des survivants (30 sur 53),
liées à un dysfonctionnement prédominant de la mémoire (38 %) et
dans le domaine exécutif (36 %). L’analyse par régression
logistique montre que ni le MMS, ni le Mini-Cog ne permettent
de prédire ces complications à long terme. La sensibilité du MMS à
la sortie de l’hôpital n’est ainsi que de 60 % pour une spécificité
de 35 %. Les valeurs opérationnelles du Mini-Cog sont tout aussi
médiocres.
Ces résultats montrent qu’un grand nombre des survivants après
un séjour en soins intensifs ont une déficience cognitive à la fin
de l’hospitalisation, qu’elle soit évaluée par le MMS ou par le
Mini-Cog.
Cependant, les scores obtenus à l’un de ces 2 tests ne
permettent pas de prévoir les séquelles cognitives à 6 mois et ne
peuvent donc pas être utilisés comme des outils de repérage pour
une évaluation des troubles cognitifs plus à long terme.
Dr Béatrice Jourdain
Woon F et coll. : Predicting Cognitive Sequelae in Survivors of Critical Illness with Cognitive Screening Tests. Am J Respir Crit Care Med., 2012 ; 186: 333–340.
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