La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la
consommation et de la répression des fraudes) est à l’œuvre : entre
fin septembre et début octobre, au moins 18 personnes, habitant
toutes la région PACA, se sont intoxiquées en consommant du pain ou
tout autre aliment contenant de la farine de sarrasin. Après une
enquête serrée, la DGCCRF tient son responsable : le datura, genre
de plusieurs plantes hallucinogènes riches en alcaloïdes de la
famille des Solanacées. L’alerte est lancée : les boulangeries,
boutiques et autres crêperies qui pourraient avoir utilisé des lots
de farine contaminée sont averties et les produits potentiellement
intéressés mis à l’écart ; des flyers sont distribués aux
consommateurs, avec un numéro à contacter au besoin (numéro
d’urgence, sinon celui du médecin traitant). On rappelle que les
signes sont ceux d’une intoxication atropinique, avec sécheresse de
la bouche, pupille dilatée, vision brouillée, tachycardie,
agitation, désorientation spatio-temporelle, hallucinations,
discours incohérent. Fin octobre, l’affaire semblait résolue.
Une histoire extraordinaire –au moins au sens littéral ?
Peut-être pas tant que cela. Car les plantes du genre sont de
distribution quasi mondiale, rapidement adaptables à toutes sortes
de climats et d’habitats. L’utilisation récréationnelle du datura,
nous rappelle D Vearrier etcoll., de Philadelphie, n’est pas
inhabituelle. En cherchant sur Google, ils découvrent de nombreux
sites en prônant l’utilisation, et plus d’une dizaine de vendeurs
de graines ; un fait à déplorer, à l’occasion dun case report de
l’intoxication volontaire d’un jeune adulte. F J Card-Artal, de son
côté, avait dressé en septembre 2011, dans la revue Neurologia, un
tableau de son utilisation dans les civilisations pré-colombiennes
; on y constate que Datura stramonium , il y a quelques milliers
d’années, était déjà consommé par les Méso américains pour ses
effets psycho-actifs…
Retour pour finir en PACA et à nos malheureux contaminés.
Doit-on imaginer, à la lecture des lignes précédentes, que le
hasard n’était pas le seul responsable ? L’hypothèse la plus
probable, évidemment, reste celle d’un plant sauvage qui aurait été
récolté avec le sarrasin et en aurait « imprégné » les graines à un
moment ou un autre. Mais on peut aussi imaginer un malveillant à
l’œuvre, volontairement ou non, et ce d’autant qu’il existe des
modèles ailleurs : an Bangladesh, par exemple, des escrocs versent
de la poudre de datura dans les boissons et /ou aliments de leurs
futures victimes pour les dépouiller ensuite plus facilement…
Dr Jack Breuil
Vearrier D et coll. : Anticholinergic delirium following Datura stramonium ingestion : implications for the Internet age. J Emerg Trauma Shock 2010; 3: 303.
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