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Analyse informatisée de l’hétérogénéité cellulaire et génomique pour le diagnostic du cancer du sein

Publié le 26/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

L'hétérogénéité cellulaire et l'architecture complexe du tissu tumoral constituent un obstacle majeur à une meilleure identification des signatures moléculaires des cancers. Le mélange de cellules immunitaires et autres cellules stromales aux cellules cancéreuses pose de sérieux problèmes. La contamination des cellules normales est le premier défi, le deuxième étant la perte des caractéristiques spatiales de l'architecture tissulaire qui rend impossible l’évaluation de toute interaction cellulaire. Microdissection et analyses histopathologiques demandent du temps et leur mise en œuvre est souvent impossible à grande échelle. En revanche l'inférence statistique et informatique des données moléculaires peut être appliquée à de grandes collections de données avec des résultats quantitatifs mais il s’agit d’une approche indirecte.

Pour relever ces défis, une équipe internationale développe une nouvelle approche reposant à la fois sur la richesse des informations histopathologiques et les résultats rapides et quantitatifs des analyses informatiques. Intégrant les données génomiques et histopathologiques, elle exploite la méthode la plus utilisée dans le diagnostic histologique, les images de coupes de tumeurs solides colorées à l'hématoxyline-éosine (H & E).

Les chercheurs recueillent les images des coupes, les données d’expression des gènes et celles des variations du nombre de copies chez des patientes atteintes d’un cancer du sein (n = 323 pour une cohorte de découverte, et n = 241 pour la cohorte de validation).

Distribution des types cellulaires dans 323 tumeurs du sein : chaque point représente une tumeur et les trois axes la proportion de cellules cancéreuses, lymphocytaires et stromales.

Crédit : Science Translational Medicine/AAAS

La procédure de traitement automatique d’images détecte les artefacts résultant de différences dans l'épaisseur de coupe et de la variation de coloration, et classe les composants cellulaires en trois catégories : cellules cancéreuses,  lymphocytes, ou cellules stromales ; une classification basée sur les caractéristiques morphologiques, nucléaires en particulier. Une étape suivante de lissage spatial permet de corriger les erreurs en tenant compte des cellules voisines. Enfin, le système affiche les numéros et les emplacements des types cellulaires dans chaque tumeur. On obtient une représentation de la distribution spatiale des cellules. Un ensemble de données (par exemple celui des 323 tumeurs cancéreuses du sein de la première cohorte) peut être résumé dans un triangle. Chaque point est une tumeur et les 3 axes  indiquent la proportion de chacun des types de cellules. Les résultats sont en bonne corrélation avec ceux obtenus par un pathologiste.

La corrélation entre données cellulaires et expression génique permet d’associer certains gènes spécifiques d’un type cellulaire aux quantités de cellules (surexpression de gènes du cycle cellulaire et proportion de cellules cancéreuses ; de gènes codant pour des protéines de la matrice extracellulaire et cellules stromales ; de gènes codant pour des protéines impliquées dans l’apoptose et lymphocytes).

La nouvelle méthodologie est appliquée à la quantification de l’infiltration des lymphocytes pour prédire la survie chez des patientes ayant un cancer du sein ER- (n = 54 et n = 61 respectivement dans les cohortes de découverte et de validation). Les tumeurs sont divisées en 2 groupes, d’infiltration élevée (≥ 8 %) et faible. En utilisant une signature d’expression génique déjà publiée, on obtient une précision de 67 ± 4,7% pour prédire la survie. Elle augmente à 75 ± 1,5 % en se basant sur le traitement d’images seul et passe à 86 ± 3,0 % en intégrant les données génomiques.

Les chercheurs montrent également l’importance pronostique de la relation spatiale entre cellules stromales de la tumeur sur la survie dans le groupe ER- et suggèrent d’ajouter ce critère à celui de l’infiltration lymphocytaire.

Au final, cette approche intégrant la quantification de l’hétérogénéité cellulaire par des images histopathologiques traitées automatiquement, et les données génomiques devrait permettre d’améliorer le diagnostic clinique.



Dominique Monnier


Yuan Y et coll. : Quantitative Image Analysis of Cellular Heterogeneity in Breast Tumors Complements Genomic Profiling. Sci Transl Med.,2012 ; 4:157ra142.




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