Les virus respiratoires sont la cause d’otites aiguës mais ils
peuvent aussi faciliter la migration des bactéries par la trompe
d’Eustache et leur réplication dans l’oreille moyenne. Par exemple,
une synergie entre pneumocoques et virus respiratoire syncitial ou
influenza A, a été décrite. Les mécanismes possibles sont
l’augmentation de l’adhésion bactérienne dans le nasopharynx, les
exsudats séreux et la réduction de l’activité ciliaire dans la
trompe. Les deux types d’agent jouent un rôle dans l’inflammation
des otites chroniques (OC) ou récidivantes (OR) mais leur
contribution respective est mal connue.
Pour éclaircir ce rôle, des auteurs néerlandais ont pratiqué des
prélèvements des épanchements de l’oreille moyenne à l’occasion de
la pose d’aérateurs transtympaniques chez 116 enfants de moins de 5
ans, atteints d’OC ou d’OR. Les bactéries, S pneumoniae,
Haemophilus influenzae, Moraxella catarrhalis ont
été recherchées par culture et PCR quantitative et 15 virus par PCR
semi-quantitative. Les concentrations des cytokines, médiateurs de
l’inflammation, IL-1β, IL-6, IL-8, IL-10, IL-17a et TNF-α ont été
déterminées.
Le nombre de pathogènes trouvés n’était pas dépendant du volume
ni de la consistance du prélèvement. Sur les 116 patients, 32 (28
%) n’étaient porteurs que de virus, 31 (27 %) que de bactéries, 31
avaient les deux mais 22 (19 %) n’avaient aucun oto-pathogène. Les
enfants de moins de 2 ans (n=19) étaient plus souvent co-infectés.
Parmi les virus, les rhinovirus étaient les plus fréquents (n=53 ;
44 %), suivis des entérovirus (n=9 ; 8 %) et des coronavirus (4 ; 3
%). Les bactéries détectées par PCR étaient H influenzae
(43 ; 37 %), M catarrhalis (32 ; 25 %) et S
pneumoniae (9 ; 8 %). Les taux de toutes les cytokines étaient
toujours élevés lorsque une bactérie était détectée en comparaison
des échantillons négatifs (P<0,001), que la bactérie soit isolée
ou en co-infection virale. A l’inverse, les taux dans les
prélèvements avec uniquement un virus n’étaient pas différents de
ceux des prélèvements sans pathogène. L’isolement des bactéries par
culture, beaucoup plus rare que par PCR, ne modifiait pas les
résultats des taux de cytokines. Ceux-ci étaient corrélés à la
charge bactérienne et la détection d’H influenzae déterminait des
taux plus élevés d’IL-1β, IL-6, IL-8, IL-10 que celle de M
catarrhalis.
L’ensemble de ces résultats suggère un rôle direct des bactéries
dans la réponse cytokinique.
Ces examens pourraient aider à guider le traitement des patients
qui risquent de développer des complications.
Pr Jean-Jacques Baudon
Stol K et coll. : Inflammation in the middle ear of children with recurrent or chronic otitis media is associated with bacterial load. Pediatr Infect Dis J. 2012; 31:1128-34
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