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Les fumeurs japonais sont-ils privilégiés ?

Publié le 29/10/2012   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Jusqu’aux années 1950, les Japonais consommaient moins de tabac que les Européens et les Etats-Uniens. La tendance s’est ensuite inversée, progressivement, jusqu’à ce que la consommation de tabac au Japon devienne l’une des plus élevées du monde. Selon la Japan Tobacco Company, en 2009, 40 % des hommes et 16 % des femmes âgés de 20 à 29 ans étaient fumeurs, et 47 % des hommes et 17 % des femmes entre 30 et 39 ans.

Plusieurs travaux ont pourtant suggéré l’existence d’une sorte de « Japanese paradox » pour le tabac : le tabagisme n’aurait pas les mêmes conséquences désastreuses sur la durée de vie des japonais que sur leurs homologues des autres pays. Une analyse de données récentes a montré en effet que l’espérance de vie des fumeurs, hommes et femmes, était réduite d’environ 4 ans, contre une dizaine d’années dans les études réalisées au Royaume Uni ou aux Etats-Unis.

Pourquoi ce paradoxe ? Pour tenter de l’expliquer, une étude prospective de population a été réalisée, qui a analysé les informations recueillies à partir de 1963, et jusqu’en 1992, sur le statut vis à vis du tabac de 27 311 hommes et 40 662 femmes. D’entrée les auteurs remarquent que les fumeurs nés dans les décennies les plus récentes (1920-1945) fument plus que ceux qui sont nés à la fin du 19ème siècle, et commencent leur intoxication plus tôt. Chez eux, la mortalité toutes causes confondues est plus que doublée par rapport à celle des non fumeurs. Leur espérance de vie est réduite de 10 ans environ, les mettant sur un pied d’égalité avec les fumeurs états-uniens ou britanniques. Comme eux, les fumeurs qui cessent leur intoxication avant l’âge de 35 ans « récupèrent » la même espérance de vie que les non-fumeurs et ceux qui arrêtent avant 45 ans s’en rapprochent.

Alors, comment expliquer cette discordance avec les résultats des travaux précédents ? Les auteurs suggèrent un biais méthodologique : les données de ces derniers n’avaient pas été analysées en fonction des décennies successives et les cohortes comportaient plus de sujets nés entre 1900 et 1930, fumant plutôt moins et initiés plus tardivement.

Au Japon, il est illégal de fumer avant l’âge de 20 ans mais le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales estimait en 2004 que 42 % des garçons et 27 % des filles de 17-18 ans avaient déjà fumé au moins une fois et que 13 % des garçons et 4 % des filles fumaient quotidiennement. 



Dr Roseline Péluchon


Sakata R. et coll. : Impact of smoking on mortality and life expectancy in Japanese smokers: a prospective cohort study
BMJ 2012;345:e7093

http://www.bmj.com/content/345/bmj.e7093.pdf%2Bhtml


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Pas à un paradoxe près

Le 30 octobre 2012

Le sujet de cet article fait écho à ce que certains auteurs américains nomment le paradoxe hispanique : les hispano-américains, plus spécifiquement ceux d'ethnie indienne, semblent moins touchés par la bronchite chronique obstructive à tabagisme égal(1). L'hypothèse prévalente est la présence de gènes protecteurs chez les populations indigènes d'Amérique par rapport aux migrants européens, mais elle reste encore très débattue.

Dr B. Jourdain
(1) Bruse, S. et coll. : Mexican Hispanic Smokers Have Lower Odds of Chronic Obstructive Pulmonary Disease and Less Decline in Lung Function Than Non-Hispanic Whites
American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine 184. 11 (Dec 1, 2011): 1254-60

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