La prise en charge pharmacologique des patients souffrant de
maladie de Crohn repose sur un arsenal thérapeutique varié,
incluant les anti-TNFα Cependant un certain nombre de patients
résistent, ou échappent, à un tel traitement ce qui justifie de
rechercher d'autres options thérapeutiques.
L'ustékinumab est un anticorps monoclonal humain dirigé contre
l'interleukine-12 et l’interleukine-23, dont les effets chez les
patients ayant une maladie de Crohn n'étaient jusqu'à présent pas
connus.
Cette étude a évalué l'ustekinumab chez des sujets adultes ayant
une maladie de Crohn modérée à sévère et résistante à un traitement
par anti-TNFα
Lors de la phase d’induction, 526 patients ont été randomisés
pour recevoir soit de l'ustékinumab (à une dose de 1, 3 ou 6 mg/kg)
soit du placebo à la semaine zéro, avec une évaluation de la
réponse à la semaine 6.
Durant la phase de maintenance, 145 patients ayant répondu à
l'ustékinumab à la sixième semaine ont été de nouveau randomisés
pour recevoir une injection sous-cutanée d'ustékinumab (90 mg) ou
de placebo à la semaine 8 et la semaine 16, l’efficacité étant
évaluée à la semaine 22.
Le critère de jugement principal était la réponse clinique la
sixième semaine.
La proportion de patients ayant obtenu le critère de jugement
principal, c'est-à-dire une réponse clinique la sixième semaine,
était de 36,6 %, 34,1 %, et 39,7 % pour les doses de 1, 3 et 6
mg/kg d'ustékinumab respectivement, comparativement à 23,5 % pour
le placebo (P = 0,005 pour la comparaison entre le placebo et
l'ustékinumab 6 mg/kg).
Le taux de rémission clinique à la sixième semaine n'était pas
significativement différent entre le placebo et l'ustékinumab 6
mg/kg.
Le traitement de maintenance avec l'ustékinumab augmentait de
façon significative, par rapport au placebo, le taux de rémission
clinique (41,7 % vs 27,4 %, P = 0,03) et de réponse (60,4 % vs 42,5
%, P <0,001), à la 22ème semaine.
Une infection sévère est survenue chez 7 patient (6 qui
recevaient de l'ustékinumab) pendant la phase d’induction et 11
patients (4 sous ustékinumab) durant la phase de maintenance. Un
carcinome basocellulaire est apparu chez un malade qui prenait
l’ustékinumab.
Les auteurs de cette étude concluent que les patients ayant une
maladie Crohn d’intensité modérée sévère, et résistante aux
anti-TNFα ont une réponse à l'ustékinumab supérieure à celle du
placebo lors de la phase d’induction.
Les malades ayant eu une réponse initiale à l'ustékinumab ont
également une augmentation du taux de réponse et de rémission
clinique avec ce même médicament lors de la phase de
maintenance.
Néanmoins les auteurs ne prennent pas position sur l'intérêt
thérapeutique et le rapport bénéfice/risque de l'ustékinumab dans
cette population de patients atteints de maladie Crohn.
Il est important de noter que près d'un tiers des patients ont
interrompu de façon prématurée le traitement, que, globalement, le
taux de réponse clinique à la sixième semaine n'est que d'environ
35 % pour l'ustékinumab, et que parmi ceux ayant répondu, moins de
la moitié était en rémission à la fin de la période de
maintenance.
Pr Marc Bardou
Sandborn W et coll. : Ustekinumab Induction and Maintenance Therapy in Refractory Crohn’s Disease. N Engl J Med 2012; 367: 1519-28
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