Dans les pays occidentaux, la rétinopathie diabétique (RD) reste
la plus grande cause de cécité identifiable, malgré les progrès
accomplis dans sa prise en charge, qu’il s’agisse de la précocité
de son diagnostic, de l’amélioration du contrôle glycémique et
d’une HTA éventuelle, sans omettre la qualité du suivi oculaire.
Les résultats sont d’ailleurs tangibles mais ils se heurtent à la
prévalence croissante du diabète de type 2 dans les pays en
question. Ne serait-ce qu’en France, cette prévalence est passée de
2,6 % à 4,4 %, alors que le nombre d’ophtalmologistes aurait plutôt
tendance à suivre la tendance inverse. Pour pallier ces obstacles,
le réseau OPHDIAT a été mis en place grâce à la télémédecine dans
le dessein de faciliter la surveillance annuelle du fond d’œil (FO)
chez le diabétique.
C’est dans ce contexte que s’inscrit une étude de cohorte
prospective française. Celle-ci a permis d’évaluer l’incidence de
la RD pendant trois années au sein d’une population de diabétiques
suivis à l’hôpital Lariboisière à Paris. Le dépistage de l’atteinte
oculaire a été fait par l’intermédiaire du réseau OPHDIAT : des
photographies numériques du fond d'œil sont réalisées puis
transmises avec les données médicales vers un centre de
lecture où elles sont lues par un ophtalmologiste. A
l’occasion d’une hospitalisation annuelle du fait de leur maladie,
254 diabétiques ont bénéficié de ce type de dépistage à deux
reprises, avec un intervalle de trois ans.
A trois ans, l’incidence de la RD, estimée à 14 %, a été
significativement (p<0,05) associée à la durée du diabète et à
la présence d’une micro- ou d’une macro-albuminurie. Les autres
facteurs de risque potentiels n’ont pu être significativement
associés à l’incidence de la RD. Aucune association
significative (p=0,19) n’a été mise en évidence entre cette
dernière et l’insulinothérapie.
En bref, cette étude a le mérite d’estimer pour la première fois en
France l’incidence de la RD, tout en mettant en évidence
l’efficacité du réseau OPHDIAT. Celui-ci vise à compenser la
diminution pour l’instant inexorable du nombre d’ophtalmologistes
exerçant sur le territoire français. Enfin, la surveillance de la
micro-albuminurie devrait être accentuée, à l’instar de celle de la
pression artérielle et des taux d’HbA1c, compte tenu de
l’association entre ces variables et la survenue ou la progression
de la RD.
Dr Philippe Tellier
Perol J et coll.: A study of the 3-year incidence of diabetic retinopathy in a French diabetic population seen at Lariboisière Hospital, Paris. DiabetesMetab., 2012 ; 38 : 225-9.
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