Elles sont dénommées maladies tropicales négligées. Elles
touchent plus de 1 milliard de personnes, parmi les populations les
plus pauvres du monde et sont à l’origine d’environ 534 000 morts
chaque année. La trypanosomiase, la dengue, l’ulcère de Buruli,
l’échinococcose ou encore le trachome et la schistosomiase font
partie de ces maladies pour lesquelles peu de progrès
thérapeutiques ont été faits depuis des dizaines d’années. Sur les
1 393 nouveaux médicaments commercialisés entre 1975 et 1999, seuls
1,1 % concernaient des maladies tropicales.
Ce désintérêt n’est pas sans conséquence sur la prise en charge
de ces affections et on y est loin de la médecine basée sur des
preuves, tant il est vrai que les essais thérapeutiques manquent.
C’est ce qui ressort d’une étude réalisée aux Etats-Unis, recensant
les essais randomisés contrôlés consacrés aux traitements de 16 de
ces maladies tropicales négligées, ou de leurs complications.
Car si la leishmaniose et les infections dues aux géo-helminthes
ne sont pas trop mal considérées, faisant l’objet de 160 essais
pour la première et de 140 essais pour les secondes, ce n’est pas
le cas de la dracunculose (filaire de Médine ou ver de Guinée) et
de l’ulcère de Buruli, thèmes respectivement de seulement 9 et 5
essais. Mais,en proportion de la fréquence et de la morbidité
globale que représente cette pathologie c’est à la filariose
lymphatique (filariose de Bancroft ou éléphantiasis) que sont
consacrés le moins de travaux et avec le moins de participants.
Pour le traitement des pathologies les plus étudiées, la
leishmaniose et les infections dues aux géo-helminthes, les auteurs
déplorent toutefois le manque d’essais comparatifs « head to head »
avec, comme conséquence, une prise en charge basée sur des preuves
insuffisantes. Que dire alors de ces autres pathologies dont les
traitements de première ou de seconde ligne ne s’appuientque sur un
seul essai ou sur des essais comprenant moins de 100 participants :
ulcère de Buruli, trypanosomiase africaine, trypanosomiase
américaine, cysticercose, rage, échinococcose, leishmaniose cutanée
du Nouveau Monde et trématodes d’origine alimentaire.
Les auteurs donnent quelques pistes pour ce qui leur paraît le
plus urgent. Elles concernent le traitement de la leishmaniose, de
l’onchocercose et de la trypanosomiase africaine pour laquelle des
résistances se font jour, celui de la lèpre et de la leishmaniose
viscérale, pour lesquelles les traitements sont mal tolérés,
difficiles à administrer ou trop chers, les traitements de la
schistomiase et des trématodes d’origine alimentaire, pour lesquels
jusqu’à présent une seule molécule est disponible.
Dr Roseline Péluchon
Kappagoda S et coll. : Neglected tropical diseases: survey and geometry of randomized evidence. BMJ 2012; 345 e6512
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A propos de l'ulcère de Buruli et de la lèpre
Le 05 novembre 2012
Deux points principalement :
1) L'ulcère de Buruli sur lequel en moins de 20 ans, ce qui était alors une maladie quasiment inconnue, de grands progrès ont été faits: mise en place de dépistage et surtout d'un traitement médical efficace ce qui fait que moins de 20 % des malades sont maintenant opérés (souvent au pris de séquelles) alors que 80 % sont guéris médicalement de leur infection à Mycobacterium ulcérans au pris d'une polychimiothérapie de quelques mois et ce quasiment sans séquelle. Tout ce travail a été fait en moins de 20 ans par toute l'équipe de la comission médicale de la Fondation Raoul Follereau à laquelle il serait bon de rendre hommage.
2)La lèpre qui selon les statistique de l'OMS est considérée comme éliminée: moins de 1 cas pour 10000 ce qui fait a peu près 250000 nouveaux cas recencés en 2010. On sait que ces statistiques sont probablement à multiplier par 3 par sous déclaration.
J'ai moi même en mission au Cameroun fin décembre 2011 pu aller dans le district de Poli à l'est de Garoua et constater que dans ce district le nombre de cas incidents était de 25 pour 10000 avec des invalidités de degré 1 de 1,8 pour 10000 au dépistage. Est ce vraiment l'élimination?
Dr P-Y Thiebault
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