Les progrès considérables de l’imagerie cérébrale semblent
redonner une nouvelle vie à une théorie surannée, la
phrénologie[1] (due au médecin allemand Franz Joseph
Gall, et dont le langage conserve un souvenir, dans une expression
comme « la bosse des maths »). Exploitant les apports de l’imagerie
structurelle en résonance magnétique, une étude britannique essaye
ainsi d’« identifier des différences au niveau de la matière grise
» entre des délinquants violents, selon qu’ils relèvent ou non du
diagnostic de psychopathie (en référence aux critères de la
Psychopathy Checklist-Revised[2]).
D’inspiration « néophrénologique » (même si les associations
recherchées et la rigueur méthodologique sont beaucoup plus
sérieuses qu’au temps de Gall), cette recherche porte sur 22
sujets-témoins et 44 délinquants violents (17 étiquetés «
personnalité antisociale avec psychopathie associée », et 27
étiquetés « personnalité antisociale sans psychopathie associée »).
Chez les 17 délinquants considérés comme psychopathes, les auteurs
constatent, comparativement aux sujets-témoins comme aux
délinquants sans psychopathie associée, une « réduction
significative des volumes bilatéraux de matière grise » concernant
le cortex rostral préfrontal antérieur (aire 10 de
Brodman)[3] et les pôles temporaux, entre l’aire 20 de
Brodman (gyrus temporal inférieur) et l’aire 38.
Les auteurs ont vérifié que ces réductions de matière grise ne
sont pas attribuables à des problèmes de toxicomanie et que les
délinquants sans psychopathie associée ont des volumes de matière
grise « similaires aux sujets non-délinquants. » Cette réduction
concernerait des aires cérébrales « impliquées dans les processus
d’empathie, du raisonnement moral » et dans le traitement
d’émotions en phase avec la socialisation, comme « le sentiment de
culpabilité et de gêne » dont le déficit et les « anomalies
profondes contribuent aux comportements antisociaux observés dans
la psychopathie. »
Dans ces « sérieuses différences de structure cérébrale » entre
sujets violents avec ou sans psychopathie associée, les auteurs
voient l’indice que la psychopathie représente vraisemblablement «
un phénotype particulier » dont une meilleure connaissance pourrait
« faciliter les recherches sur l’étiologie du comportement violent
récurrent » (persistent violent behavior).
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Phr%C3%A9nologie
[2] http://en.wikipedia.org/wiki/Hare_Psychopathy_Checklist
[3] http://en.wikipedia.org/wiki/Brodmann_area_10
Dr Alain Cohen
Gregory S et coll. : The antisocial brain: psychopathy matters ; a structural MRI investigation of antisocial male violent offenders. Arch Gen Psychiatry 2012 ; 69 (9) : 962–972.
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