Beethoven avait du plomb dans la tête !

La surdité de Ludwig van Beethoven a déjà fait l’objet de nombreuses études et supputations – mais la publication toute récente de Michael Stevens et coll.  expose une hypothèse nouvelle enrobant toutes les pathologies dont avait pu souffrir le musicien.

Beethoven commença à perdre l’audition dès l’âge de 30 ans.

Cette surdité évolua sur une très longue période, surtout après  1801. Elle s’accompagnait d’acouphènes pénibles. Elle l’amena à se tenir en marge de la société, accentuant un sentiment profond de tristesse qu’il exposa dans le « testament d’Heiligenstadt ».

Il se referma sur son art et devint totalement sourd vers 45 ans.

Toute sa vie d’adulte il souffrit aussi de maux de ventre, de céphalées rebelles et vraisemblablement de dépression.

La première hypothèse diagnostique soulevée par les historiens de la médecine fut celle d’une otosclérose, mais les descriptions anatomiques post mortem ne mentionnent pas ce genre d’atteinte, pourtant visible à l’œil nu et il n’y a pas d’antécédents familiaux. La suspicion d’une maladie auto-immune « ne colle » pas non plus avec cette évolution à si long terme.

On n’a pas retrouvé non plus de mercure dans les os et les phanères. En revanche les cochlées étaient abimées et les nerfs auditifs atrophiés.

Des dosages récents sur les os et les cheveux ont montré de fortes teneurs en plomb, surtout au plus proche des canaux médullaires. Cette découverte corroborerait l’hypothèse d’une exposition longue à des doses faibles de plomb qui serait aussi cohérente avec les autres symptômes (coliques de plomb, céphalées, dépression).

Cornets acoustiques ayant
appartenu à Beethoven
 

Cette hypothèse de saturnisme serait d’ailleurs plus pertinente que celle d’une maladie auto-immune et qui n’aurait pas inclus les atteintes hépatiques découvertes à l’autopsie ;la cause attestée de sa mort aurait été une cirrhose hépatique atrophique.

Quant à l’origine de cette intoxication l’auteur avance celle, historiquement la plus probable, d’une intoxication par le plomb alors ajouté au vin. Beethoven, sans être un alcoolique invétéré,  était un grand buveur de vin de Hongrie « modifié » avec des sels de plomb à l’époque. Une seule cause à des maux multiples conclut l’auteur.

Dr Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel

Références
Stevens M H et coll., : Lead and the deafness of Ludwig van Beethoven.
The Laryngoscope, 2013; 123: 2854–2858.

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Vos réactions (2)

  • Et la génétique ?

    Le 20 novembre 2013

    Mme Beethoven mère eu 7 enfants dont 3 survécurent. L'un d'eux dit-on (je n'ai pas eu l'occasion de l'examiner) était sourd-muet...
    Alors autant que le plomb, la génétique n'aurait-elle pas son mot à dire ?

  • Une hypothèse complémentaire

    Le 22 novembre 2013

    A l'article relatif à une éventuelle intoxication au plomb de Beethoven, je souhaite émettre une hypothèse complémentaire, à partir d'une observation en service de toxicologie.
    Il s'agissait d'un patient présentant aussi un saturnisme. L'origine était à imputer au fait qu'il buvait son vin dans une coupe en étain, de qualité médiocre puisque mêlé à du plomb. Un autre patient présentait la même pathologie imputable cette fois au bec verseur de sa bouteille de vinaigre. Comment Beethoven buvait-il son vin?
    Michel Basquin

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