Il est revenu à des auteurs français d’aborder dans ce congrès
très américain le lourd tribut payé à la dermatite atopique (DA)
par la population pédiatrique européenne. La prévalence de cette
affection continue en effet de croître dans ces contrées avec 10 à
25 % d’enfants concernés (contre 5 % dans les années soixante). Une
étude multicentrique prospective conduite dans 4 grands pays
européens (France, Italie, Espagne, Portugal) pendant 10 mois et
qui a inclus 3 237 enfants atteints de DA illustre les différentes
approches observées selon les pays non seulement sur le plan du
diagnostic (les prick tests sont davantage utilisés en Italie et
les patch tests en France et en Espagne, le dosage des IgE au
Portugal) que thérapeutique, les Français privilégiant la tolérance
alors que les Espagnols recherchent la rapidité d’action, les
Italiens, l’épargne en corticoïdes locaux et les Portugais, la
prévention des poussées. Quoi qu’il en soit 91 % des praticiens de
tous ces pays prescrivent toujours des corticoïdes topiques et les
trois quarts des parents les appliquent…
Doit-on prescrire des inhibiteurs de la
calcineurine avant 2 ans
Est-ce à dire que les inhibiteurs de la calcineurine restent
encore peu employés en Europe ? L’histoire de ne dit pas. Aux
Etats-Unis, par contre on en est à s’interroger sur les
conséquences de l’avis émis par la FDA sur les risques théoriques
potentiels de ces molécules (cancers cutanés et lymphomes), ce qui
a conduit en mars 2005 à déconseiller ce traitement avant l’âge de
deux ans. La comparaison de deux cohortes d’enfants de moins de
deux ans chez lesquels le diagnostic de DA avait été posé avant ou
après mars 2005 montre que la prescription d’inhibiteurs de la
calcineurine a effectivement décru dans ce type de population après
mars 2005 (57 % vs 64 %) et que ce traitement a été moins souvent
utilisé en première intention après 2005 (4 % vs 8 %) alors qu’à
l’inverse les corticoïdes topiques l’étaient plus souvent.
Cette situation ne pouvait qu’inspirer de nouvelles recherches
sur la toxicité réelle de ces inhibiteurs de la calcineurine. Une
étude est en cours qui doit inclure 8 000 sujets, traités par
inhibiteurs topiques de la calcineurine pendant au moins six
semaines avant l’âge de 16 ans. Au mois de juin 2006, près de 1000
patients (50 % de filles) avaient déjà été enrôlés : ils
étaient âgés en moyenne de 7,5 ans à l’inclusion, souffraient pour
la plupart de DA modérée à sévère depuis en moyenne 5,5 ans et
avaient reçu leur première application de tacrolimus à 4,8 ans en
moyenne. A l’entrée dans l’étude, la durée moyenne d’exposition au
tacrolimus était approximativement de 2,5 ans (0 à 10 ans) et
depuis le début de l’étude la durée moyenne d’exposition
supplémentaire a été de 12 mois (70 % des patients
appliquaient du reste toujours le tacrolimus au moment de
l’inclusion, le plus souvent à la concentration de 0,1 %.) Par
ailleurs 40 % des sujets avaient également reçu du pimecrolimus
(durée moyenne d’exposition à l’inclusion 2,3 ans par patient).
Chez ces mille enfants, aucune lésion tumorale, ni aucun effet
secondaire sérieux n’a été constaté à ce jour.
Dr Marie-line Barbet
Cambazard F et coll. : Atopic dermatitis in more than 3000 young children : epidemiology and management in Europe.
Wertz DW et coll. : Impact of the FDA’s pubic health advsory for topical calcineurin inhibitors on tratment patterns in infants with atopic dermatitis.
Paller A et coll. : Apples : a prospective pediatric longitudinal evaluation to assess the long term safety of tacrolimus oinment for the treatment of atopic dermatitis.
Communications à la 65ème réunion annuelle de l’AAD, Washington 2-7 février 2007.
Copyright © Len Médical 2007