L’appétence sexuelle n’étant pas une anomalie, bien au
contraire, " peut-on parler de symptôme seulement parce que cette
appétence doit être freinée, soit en raison de son orientation
prohibée, soit en raison de son intensité estimée excessive ? ",
demande Florence Thibault (Rouen) après avoir étudié la littérature
la plus récente sur l'hypersexualité. Définie par la présence de 7
orgasmes ou plus par semaine, quel que soit le moyen de l'obtenir
(masturbation, rapport sexuel, stimulation orale, …) durant au
moins 6 mois consécutifs après l'âge de 15 ans, l'hypersexualité
n'est pas rare et concerne 7,6 % des mâles américains selon le
rapport Kinsey. Quant à l'addiction au sexe, elle touche 3 à 6 % de
la population, surtout chez les consommateurs de cocaïne qui
augmente les besoins sexuels.
Générant des difficultés relationnelles, voire une réelle
détresse sociale, l'addiction au sexe démarre le plus souvent dans
l'adolescence (18,7 ans en moyenne) et atteint 5 hommes pour une
femme, qui consultent en moyenne après 12,3 ans, souvent pour une
dysfonction érectile (20 % des cas) ou des symptômes
psychiatriques: dépression, anxiété, tentative de suicide,
alcoolisme, toxicomanie, cleptomanie… Lorsqu'un examen
psychiatrique est réalisé, on constate fréquemment (près de 45 %
des cas) des troubles de personnalité (paranoïde,
compulsif-agressif, narcissique, obsessionnel-compulsif). Enfin, le
comportement sexuel est plus souvent « autistique », marqué par une
masturbation compulsive (5-15 fois/jour), du voyeurisme, des
rapports anonymes, ou avec des prostituées, ou avec de multiples
partenaires sexuels, jamais ou rarement satisfaisants, sans compter
la cyberpornographie.
Il s'agit clairement d'un syndrome de dépendance tel que l'a
décrit l'APA en 2000, très similaire à d'autres syndromes addictifs
et marqué par une escalade dans la sévérité, des symptômes de
sevrage, une augmentation du temps dévolu aux préoccupations
sexuelles, l'échec des efforts pour réduire ou arrêter ce
comportement anormal, la persistance du comportement malgré les
risques (SIDA, violence physique, problèmes légaux, …), et des
comorbidités addictives (alcool, psychotropes, jeu, travaillomanie,
achats compulsifs). Ce qui pose clairement la question du risque
sociétal, surtout lorsqu'on sait que les déviants sexuels
présentent souvent une hypersexualité, tout comme les
exhibitionnistes. Très fréquemment, ces personnes rapportent
également des antécédents d'abus sexuel dans leur enfance.
Sur le plan thérapeutique, les inhibiteurs sélectifs de
recapture de la sérotonine (ISRS) ont démontré leur intérêt,
notamment parce que l'on sait que l'excitation sexuelle va de pair
avec une augmentation de la neurotransmission dopaminergique. Mais
ce traitement n'a de sens que s'il est associé à une psychothérapie
individuelle ou de groupe, d’inspiration analytique ou par
déconditionnement, impliquant une abstinence complète (60 à 90
jours) un peu comme chez les alcooliques anonymes. Quant aux
anti-androgènes, ils ne semblent indiqués qu'en cas de risque
majeur de délinquance sexuelle car l’objectif de la prescription
d’anti-androgènes est de freiner le désir et l’activité sexuels
chez un sujet qui pense ne pas pouvoir maîtriser ses pulsions.
Dr Dominique-Jean Bouilliez
Thibault F : Sexual addiction: review of recent data. 10th World Congress of Biological Psychiatry, (Prague) : 29 mai-2 juin 2011.
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