Sauriez vous reconnaître un furet ? A son agilité peut-être car
cet animal vif, doté d’une grande queue sympathique, fait
aujourd’hui partie des NAC, ces nouveaux animaux de compagnie si
appréciés de certains. Le furet, cependant, possède une autre
caractéristique que peu de gens connaissent : c’est le modèle
"gold standard" de l’infection humaine à virus influenza,
celui grâce auquel on a pu mieux cerner les rapports entre réponse
immunitaire et virus grippal. Et qu’a-t-on appris avec lui ? Tout
simplement qu’une infection à virus influenza A pourrait induire
une immunité partiellement protectrice contre d’autres virus A de
sous types différents. Non pas une défense solide et durable, de
celle induites par des infections homologues, mais plutôt une
protection partielle, indépendante des anticorps anti
hémagglutinine ou neuraminidase et basée sur les lymphocytes T CD4
et CD8, certaines cellules B et des sécrétions humorales muqueuses,
suffisante pour éviter les formes graves et létales. Une
immunité dite hétérosubtypique et en quelque sorte
"universelle", car dirigée contre les protéines internes les plus
conservées du virus…
Abandonnons quelques instants les furets et considérons les
politiques nationales de vaccination contre la grippe. Une
immunisation annuelle est recommandée pour les individus à
risque de complications grippales aux Etats-Unis et presque partout
en Europe. Les enfants âgés de 6 à 59 mois, très sensibles à
l’infection, font partie du lot et sont donc logiquement ciblés en
priorité ; dont acte, avec des fragments d’hémagglutinines et de
neuraminidases qui ne circuleront plus quelques années plus tard.
Ils vont fabriquer des anticorps qui ne serviront que pour la
saison, incapables par nature de reconnaître les nouveaux variants
; et, naïfs de toute infection vraie, ne développeront aucune
immunité de type hétérosubtypique (et donc la protection qui va
avec). Un phénomène qui, pour les auteurs de l’article (1), est
largement démontré expérimentalement. Il suffit, pour s’en
convaincre, d’étudier le devenir de lots de souris vaccinées ou
infectées au H3N2 puis réinfectées au H5N1 : les taux de mortalité
les plus élevés sont observés chez les vaccinées, pour lesquelles
on ne note ni induction efficace de réponse CD8 T-spécifique ni
formation de bronchus inductibles liés au tissu lymphoïde…
Combinons maintenant furets, souris et vaccins infantiles pour
en venir au fait. Une infection antérieure hétérologue n’empêche
pas une seconde contamination par un autre virus, mais elle en
atténue la sévérité : quelques jours au lit et le tour pourrait
être joué. Que ce soit le variant H1N1 actuel, peu pathogène, ou le
très délétère H5N1 n’y change rien : l’immunité hétérosubtypique
joue son rôle et la pandémie déferle à moindre frais. Vont payer le
prix fort ceux qui ne l’ont pas développée, et donc d’abord les
enfants qui, vaccinés au départ, sont restés naïfs vis-à-vis de
toute infection naturelle. Une hypothèse catastrophique ? Ennuyeuse
en tout cas, et certainement à prendre en considération. Le moins
qu’on puisse imaginer est que les recommandations vaccinales
pourraient en tenir compte et qu’il semble urgent que de nouveaux
vaccins, de type atténué ou vectorisé, soient proposés. C’est le
Lancet Infectious Diseases qui le dit et cela paraît
raisonnable.
Il va sans dire que ce point de vue ne fera pas l’unanimité,
comme le montre une première réaction publiée par la même revue
(2). Dans ce commentaire, T Heikkinen et coll. de Finlande
soulignent que ces hypothèses ne sont pas vérifiées en
épidémiologie humaine. Le grand nombre de formes graves d’infection
à H1N1 observés au Mexique, pays où la vaccination contre la grippe
saisonnière n’est pas généralisée, doit peut-être être aussi
considéré comme un contre argument…
Dr Jack Breuil
1) Bodewes R et coll. : Yearly influenza vaccination : a double-edged sword ? Lancet Infectious Diseases, Publication avancée en ligne le 30 octobre 2009 (DOI:10.1016/S1473-3099(09)70263-4)
2) Heikkinen T et coll. Influenza vaccination of children. Lancet Infectious Diseases, Publication avancée en ligne le 30 octobre 2009 (DOI:10.1016/S1473-3099(09)70266-X)
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