Un traitement curateur pour l’hémoglobinurie paroxystique nocturne

L’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) est une affection rare due à une prolifération clonale de cellules souches hématopoïétiques porteuses d’une mutation acquise du gène PIG-A. Ce gène code pour la synthèse du glycosyl phosphatidyl inositol (GPI) qui sert d’ancrage à de nombreuses protéines à la surface cellulaire.

La maladie se manifeste par des poussées d’hémolyse avec hémoglobinurie à prédominance nocturne. L’hémolyse est en rapport avec l’absence d’ancrage de la protéine DAF (Decay Accelerating Factor) impliquée dans la dégradation du complément. La maladie peur se compliquer de manifestations infectieuses ou thrombo-emboliques et peut évoluer vers l’aplasie médullaire.
Il n’existait jusqu’ici aucun traitement curateur de l’HPN dont la prise en charge repose sur des transfusions répétées de sang phénotypé, filtré et pauvre en plasma.
Une équipe internationale vient de tester dans le cadre d’un essai multicentrique de phase 3 un anticorps monoclonal humanisé dirigé contre la protéine terminale C5 du complément, l’éculizumab.
Quatre-vingt-sept patients souffrant d’HPN ont été randomisés en un groupe assigné à un traitement par éculizumab (600 mg par semaine par voie intraveineuse pendant 4 semaines, puis 900 mg une semaine sur deux jusqu'à la semaine 26) ou par placebo. Les résultats jugés principalement sur la stabilisation des taux d'hémoglobine et le nombre d'unités de concentré globulaire transfusées démontrent sans ambiguïté l’efficacité de ce nouveau traitement.

Le taux de lactico-déshydrogénase (LDH), témoin de l’hémolyse, s’est effondré rapidement et de façon durable sous éculizumab et est resté stable sous placebo (327 UI contre 2418 UI à la 26ème semaine ; p<0,001). Surtout, 49 % des sujets du groupe éculizumab ont vu leur taux d’hémoglobine se stabiliser sans transfusion contre 0 % sous placebo (P<0,001). Trois unités de concentré globulaire ont été transfusées en moyenne aux patients du groupe éculizumab (médiane : 0) contre 11 dans le groupe placebo (médiane : 10). La qualité de vie s’est également améliorée de façon significative sous traitement actif.

A l’issue de l’étude tous les patients ont bien sûr été mis sous traitement continu par éculizumab.
On dispose donc avec cet anticorps monoclonal du premier traitement efficace de l’HPN.
Les études complémentaires devront préciser la tolérance à long terme du traitement et son efficacité éventuelle sur la survenue d’accidents thrombo-emboliques.

Dr Nicolas Chabert

Références
Hillmen P et coll.: “The Complement Inhibitor Eculizumab in Paroxysmal Nocturnal Hemoglobinuria.” N Engl J Med 2006; 355: 1233-1243.

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