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GRANDES ETUDES

Sténose carotidienne symptomatique : la chirurgie tient toujours la corde

Publié le 10/03/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir


L’émergence et le perfectionnement des techniques d’angioplastie, puis de stent carotidien, depuis la fin des années 90 ont conduit de nombreux praticiens et de nombreux patients à opter pour ce type de traitement en cas de sténose de la carotide symptomatique en lieu et place de l’endartériectomie chirurgicale. 

Pour trancher le débat de façon scientifique, plusieurs essais randomisés de grande envergure ont été entrepris dans le monde depuis le début des années 2000. Si les critères d’inclusion retenus sont proches, ces essais ne sont pas totalement comparables entre eux, en raison des progrès constant des techniques d’angioplastie-stenting…et de l’amélioration séculaire des résultats de la chirurgie. Schématiquement avec les techniques récentes :

- l’étude européenne SPACE n’a pas retrouvé de différences de pronostic à 30 jours et a été interrompue (1) ;
- l’étude française EVA-3S dont les résultats à 4 ans ont été publiés en septembre dernier (2) a montré une supériorité significative de la chirurgie avec 6,2 % d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et de décès contre 11,1 % avec les techniques endovasculaires.

Plus d’événements défavorables à 4 mois avec les stents

Le Lancet publie aujourd’hui les résultats intérimaires d’un troisième essai randomisé international, l’étude ICSS. 

Dans ce cadre, 1 713 patients, recrutés entre 2001 et 2008 dans des pays européens, en Océanie et au Canada, ayant une sténose carotidienne de plus de 50 %, symptomatique dans l’année, ont été assignés au hasard entre une endartériectomie et la pose d’un stent. Cette analyse intérimaire à 120 jours a retenu comme critère principal de jugement le taux d’AVC, de décès et d’infarctus du myocarde (IDM) procéduraux (survenus dans les 30 jours).

Sur ce critère et en intention de traiter, la chirurgie s’est révélée significativement supérieure au stent avec 5,2 % d’événements défavorables à 4 mois contre 8,5 % avec les stents (augmentation du risque avec les stents de 69 % avec un intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre + 16 et + 145 % ; p=0,006).

Dans le détail le risque d’AVC était accru de 92 % avec les stents (p=0,002) et celui de décès de 176 % (p=0,017). Il faut cependant signaler que cette supériorité de la chirurgie était liée principalement à la plus grande fréquence des AVC non handicapants après pose de stents (39 cas contre 14) tandis que les AVC handicapants avaient une incidence proche (17 cas contre 20).

Le seuls domaines où les techniques endovasculaires ont été supérieures à la chirurgie ont été les atteintes de nerfs crâniens (1 cas contre 45 avec la chirurgie ; p<0,0001) et les hématomes du cou (31 contre 50 ; p=0,0197).

Une analyse par sous groupe a semblé montrer que les résultats du stent sont équivalents à ceux de la chirurgie chez les femmes alors qu’ils sont inférieurs chez les hommes.

Les résultats intérimaires d’ICSS sont donc globalement en faveur de la chirurgie.

Quelles conséquences en pratique clinique ?

Une méta-analyse pratiquée par les auteurs en regroupant les données à 30 jours de SPACE, d’EVA-3S et d’ICSS confirme ces résultats avec un risque accru dans les groupes stents, pour le même critère de jugement, de 73 % (IC95 entre + 29 et + 132 %). 

Pour relativiser ces données il faut cependant prendre en considération deux éléments dont ce type d’essais multicentriques de longue durée ne peuvent tenir compte :

- 1) Contrairement aux études portant sur des médicaments, la qualité des opérateurs intervient ici nécessairement. On peut donc supposer que certains radiologues interventionnels obtiennent de meilleurs résultats que la moyenne des opérateurs.

- 2) Les progrès constants des techniques d’angioplastie et des pratiques chirurgicales et anesthésiques font que lorsqu’un tel essai est publié, ses conclusions peuvent être déjà obsolètes. Ceci est attesté par exemple par la constatation que le risque d’événements défavorables dans le groupe stent dans ICSS (2001-2007) est équivalent à celui de la chirurgie dans l’essai ECST (1981-1994) qui avait pourtant démontré la supériorité de l’endarteriectomie sur le traitement médical dans cette indication.

Malgré ces restrictions méthodologiques, il semble que la chirurgie doit, pour l’instant, demeurer le traitement de choix des sténoses symptomatiques de la carotide, tout au moins, bien sûr, pour les patients opérables.

 

Dr Anastasia Roublev


1) The SPACE Collaborative Group : 30 days results from the SPACE trial of stent-protected angioplasty versus carotid endarterectomy in symptomatic patients : a randomised non-inferiority trial. Lancet 2006 ; 368 : 1239-47.
2) Mas JL et coll. : Endarterectomy Versus Angioplasty in Patients with Symptomatic Severe Carotid Stenosis (EVA-3S) trial: results up to 4 years from a randomised, multicentre trial. Lancet Neurol. 2008 ; 7 : 885-92.
3) International Carotid Stenting Study Investigators. Lancet 2010 ; publication avancée en ligne le 26 février 2010 (DOI : 10.1016/S0140-6736(10)60239-5.


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