La trisomie 21 affecterait 5,8 millions de sujets dans le monde.
A côté de ses manifestations cliniques classiques, dominées par une
déficience intellectuelle, connues de longue date, l’augmentation
constante de l’espérance de vie de ces patients a fait émerger de
nouvelles complications de la maladie. C’est ainsi que dès l’âge de
40 ans, 10 % des malades seraient porteurs de modifications
anatomopathologiques cérébrales proches de celles de la maladie
d’Alzheimer (MA). Le pourcentage de patient développant
cliniquement une démence de type Alzheimer (DTA) atteindrait 30 %
au-delà de 50 ans et plus de 50 % après 60 ans.
Les mécanismes génétiques et moléculaires par lesquels la
présence d’un troisième chromosome 21 (porteur de centaines de
gènes différents) augmenterait le risque de DTA sont loin d’être
déterminés.
Malgré ces incertitudes, cette parenté entre la démence pouvant
se développer précocement au cours de la trisomie 21 et la MA a
conduit à essayer chez ces patients les traitements proposés dans
la MA.
Des résultats peu concluants ont été obtenus jusqu’ici avec les
anti-cholinestérasiques. Il était donc intéressant d’étudier chez
ces patients les effets de la mémantine, un médicament également
indiqué dans les MA modérées à sévères.
Pas d’amélioration de l’évolution sous mémantine
Cent soixante treize patients atteints de trisomie 21 et âgés de
plus de 40 ans (avec ou sans démence clinique) ont été randomisés
en double aveugle entre un traitement par mémantine et un placebo à
prendre durant un an. Le critère principal de jugement était
l’évolution des capacités cognitives et du comportement adaptatif
mesurés par des scores validés chez des patients atteints de
trisomie 21 (scores DAMES pour les capacités cognitives et ABS pour
le comportement adaptatif).
Après un an de traitement, les scores DAMES et ABS se sont
dégradés dans les deux groupes. Sous placebo le DAMES a diminué de
1,9 point en moyenne, ce qui confirme la dégradation relativement
rapide des fonctions cognitives chez ces patients. Sous mémantine
la diminution moyenne du DAMES a été plus importante encore (-
5,6), la différence entre les deux groupes n’atteignant pas
toutefois le seuil de significativité statistique. Pour le score
ABS, la différence entre les deux groupes n’était pas non plus
significative.
Une analyse post-hoc a montré que les résultats étaient
également nuls chez les patients pour lesquels un diagnostic de
démence avait déjà été posé.
La mémantine n’a donc aucun effet favorable sur l’évolution
cognitive des sujets de plus de 40 ans atteints de trisomie 21.
Malgré ce résultat décevant, cette étude aura quelques
conséquences positives. Elle démontre tout d’abord que des essais
randomisés sont possibles pour ce type de population. Elle nous
rappelle que les traitements réputés efficaces dans la MA ne le
sont pas nécessairement pour des démences survenant au cours de la
trisomie 21. Elle met enfin l’accent sur l’importance des
recherches qu’il nous faut conduire sur la physiopathologie
particulière de la démence compliquant cette affection
chromosomique.
Dr Nicolas Chabert
Hanney M et coll. : Memantine for dementia in adults older than 40 years with Down’s syndrome (MEADOWS) : a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet 2012 ; publication avancée en ligne le 10 janvier 2012 (DOI:10.1016/S0140-6736(11)61676-0)
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