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GRANDES ETUDES

Déception pour un essai de prise en charge de la démence compliquant la trisomie 21

Publié le 25/01/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir


La trisomie 21 affecterait 5,8 millions de sujets dans le monde. A côté de ses manifestations cliniques classiques, dominées par une déficience intellectuelle, connues de longue date, l’augmentation constante de l’espérance de vie de ces patients a fait émerger de nouvelles complications de la maladie. C’est ainsi que dès l’âge de 40 ans, 10 % des malades seraient porteurs de modifications anatomopathologiques cérébrales proches de celles de la maladie d’Alzheimer (MA). Le pourcentage de patient développant cliniquement une démence de type Alzheimer (DTA) atteindrait 30 % au-delà de 50 ans et plus de 50 % après 60 ans.

Les mécanismes génétiques et moléculaires par lesquels la présence d’un troisième chromosome 21 (porteur de centaines de gènes différents) augmenterait le risque de DTA sont loin d’être déterminés.

Malgré ces incertitudes, cette parenté entre la démence pouvant se développer précocement au cours de la trisomie 21 et la MA a conduit à essayer chez ces patients les traitements proposés dans la MA.

Des résultats peu concluants ont été obtenus jusqu’ici avec les anti-cholinestérasiques. Il était donc intéressant d’étudier chez ces patients les effets de la mémantine, un médicament également indiqué dans les MA modérées à sévères.

Pas d’amélioration de l’évolution sous mémantine

Cent soixante treize patients atteints de trisomie 21 et âgés de plus de 40 ans (avec ou sans démence clinique) ont été randomisés en double aveugle entre un traitement par mémantine et un placebo à prendre durant un an. Le critère principal de jugement était l’évolution des capacités cognitives et du comportement adaptatif mesurés par des scores validés chez des patients atteints de trisomie 21 (scores DAMES pour les capacités cognitives et ABS pour le comportement adaptatif).

Après un an de traitement, les scores DAMES et ABS se sont dégradés dans les deux groupes. Sous placebo le DAMES a diminué de 1,9 point en moyenne, ce qui confirme la dégradation relativement rapide des fonctions cognitives chez ces patients. Sous mémantine la diminution moyenne du DAMES a été plus importante encore (- 5,6), la différence entre les deux groupes n’atteignant pas toutefois le seuil de significativité statistique. Pour le score ABS, la différence entre les deux groupes n’était pas non plus significative.

Une analyse post-hoc a montré que les résultats étaient également nuls chez les patients pour lesquels un diagnostic de démence avait déjà été posé.

La mémantine n’a donc aucun effet favorable sur l’évolution cognitive des sujets de plus de 40 ans atteints de trisomie 21.

Malgré ce résultat décevant, cette étude aura quelques conséquences positives. Elle démontre tout d’abord que des essais randomisés sont possibles pour ce type de population. Elle nous rappelle que les traitements réputés efficaces dans la MA ne le sont pas nécessairement pour des démences survenant au cours de la trisomie 21. Elle met enfin l’accent sur l’importance des recherches qu’il nous faut conduire sur la physiopathologie particulière de la démence compliquant cette affection chromosomique. 


Dr Nicolas Chabert



Hanney M et coll. : Memantine for dementia in adults older than 40 years with Down’s syndrome (MEADOWS) : a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet 2012 ; publication avancée en ligne le 10 janvier 2012 (DOI:10.1016/S0140-6736(11)61676-0)




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