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GRANDES ETUDES

Vers la prévention de carcinomes baso-cellulaires par thérapie ciblée

Publié le 12/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir


Le syndrome de Gorlin ou naevomatose basocellulaire est une maladie héréditaire rare (prévalence entre 1/57 000 à 1/256 000), transmise sur le mode autosomique dominant à pénétrance complète et expressivité variable. Il est caractérisé par la survenue chez un même patient de carcinomes baso-cellulaires (CBC) en grand nombre (jusqu’à des milliers) et un risque accru de médulloblastome et de rhabdomyosarcome. La maladie est liée à des mutations à l’état hétérozygote sur le gène suppresseur de tumeur PTCH1qui est un inhibiteur de la voie de signalisation hedgehog (HH).

Un inhibiteur de la voie hedgehog

Récemment, le vismodegib, un inhibiteur de la voie HH s’est montré efficace dans le traitement des CBC avancés et métastasés sporadiques, au cours desquels on retrouve parfois des mutations de PTCH1 ou du proto oncogène SMO (smoothened), cible de l’inhibition exercée par PTCH1, et toujours une augmentation de l’activation de la voie HH.
Ceci a conduit tout naturellement à tester ce traitement chez des patients atteints de syndrome de Gorlin, dont la qualité de vie est particulièrement affectée par la nécessité de fréquentes interventions chirurgicales imposées par leurs nombreuses tumeurs cutanées.

Quarante et un patients atteints d’un syndrome de Gorlin provenant de trois centres ont été recrutés pour cette étude entre septembre 2009 et janvier 2011. Ils ont été randomisés en deux groupes : 26 recevant le vismodegib par voie orale à la dose de 150 mg par jour, les 15 autres un placebo, pour une durée prévue de 18 mois. Les deux groupes étaient comparables pour l’âge, le poids et le nombre de CBC d’indication chirurgicale initialement présents. Le premier élément analysé était le taux d’apparition de nouveaux CBC  pouvant être traités chirurgicalement (tumeurs de 3 mm de diamètre ou plus sur le nez et en zone périorbitaire, de 5 mm ou plus ailleurs sur le visage et de 9 mm ou plus sur le tronc ou les membres).

La réponse tumorale a été évaluée tous les mois pendant les trois premiers mois, puis tous les deux mois pendant les 6 mois suivants et tous les trois mois pendant les neuf derniers mois.

Baisse significative du nombre de nouvelles tumeurs sous traitement

Au cours d’une moyenne de 8 mois de suivi (1 à 15)  694 nouveaux CBC « chirurgicaux » ont été diagnostiqués. Parmi les 38 patients qui avaient au moins 3 mois de suivi, une réduction significative du taux de nouveau CBC par patient a été constatée pour ceux traités par vismodegib (en moyenne 2 vs 29 nouveau CBC par an, en médiane 2 vs 25 ; p<0,001). Le traitement par vismodegib a également entraîné une réduction de la taille des CBC existants (au nombre total de 2 000) (en moyenne -65 % vs -11 % avec le placebo, en médiane -71 % vs -21 % ; p = 0,003).
Pendant l’étude, les malades pouvaient bénéficier d’une exérèse chirurgicale de leur tumeur sur la décision de leur dermatologiste référent : ceux qui étaient traités par vismodegib ont eu moins d’interventions que ceux sous placebo (nombre moyen 0,31 vs 4,4 par patient, médiane 0 vs 1 ; p<0,001).
Toutes les tumeurs ont répondu au vismodegib avec une rémission clinique complète dans certains cas. L’analyse histologique de ces tumeurs ne montrait plus de CBC résiduel dans 83 % des cas. Par ailleurs l’hyperkératose palmoplantaire caractéristique du syndrome de Gorlin a disparu sous ce traitement, souvent dès le premier mois.

De nombreux arrêts pour effets secondaires

Au 17 février 2011 (moyenne de suivi de 8 mois), 27 % des patients sous vismodegib avaient arrêté leur traitement du fait d’effets secondaires. La plupart des effets secondaires étaient de gravité légère à modérée sans effet de grade 5 : il s’agissait de dysgueusie, de crampes musculaires, d’alopécie, de perte de poids. Au 31 janvier 2012, la moitié des patients avaient interrompu le vismodegib et un seul a en fait été capable de continuer le traitement pendant les 18 mois prévus. Cependant, chez les patients qui ont pu être suivis au moins 3 mois après l’arrêt du vismodegib, le taux de nouveau CBC est resté considérablement moindre que chez ceux ayant reçu le placebo, la taille des CBC préexistants et l’hyperkératose palmoplantaire ne sont revenus à leur état initial qu’après plusieurs mois.

Enfin, l’effet du vismodegib a été associé à une diminution de la signalisation HH objectivée par une réduction de 90 % des ARN messagers du gène GLI1 (gene glioma associated oncogene homolog 1, cible de HH) dans les biopsies de CBC des malades traités pendant un mois.

L’ensemble de ces résultats indique la possibilité d’utiliser des thérapies ciblées pour la prévention des cancers. Toutefois, si l’efficacité du vismodegib pour empêcher l’apparition des CBC et faire régresser les tumeurs existantes est patente, les effets secondaires de ce traitement (similaires à ceux observés avec les autres inhibiteurs de la voie HH) pourraient en  limiter les possibilités d’utilisation dans le syndrome de Gorlin.



Dr Marie-Line Barbet


Tang JY et coll. : Inhibiting the Hedgeho pathway in patients with the basal-cell nevus syndrome. N Engl J Med 2102; 366 : 2180-8.


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