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GRANDES ETUDES

Les oméga 3, ça déçoit !

Publié le 02/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir


La réputation cardioprotectrice des acides gras oméga 3, y compris à longues chaînes contenus dans les poissons gras, a été entachée ces derniers mois par les résultats de plusieurs essais cliniques et méta-analyses. Ces derniers n'ont pas retrouvé les bénéfices cardiovasculaires (CV) escomptés d'une supplémentation en oméga 3, que ce soit en prévention primaire ou secondaire.

Une nouvelle étude prospective et randomisée confirme ces résultats négatifs. Il s'agit de l'essai clinique ORIGIN dont le modèle est un plan factoriel 2x2. Son objectif était d'étudier, chez des patients diabétiques peu traités (prise d'un médicament antidiabétique oral au maximum, HbA1c< 9 % à l'inclusion) ou pré-diabétiques (intolérance au glucose objectivée), l'intérêt de l'insuline glargine et d'une supplémentation en oméga 3 (capsule d'omacor, apportant au moins 900 mg d'EPA+DHA*) pour réduire l'incidence des maladies CV. Aucune recommandation diététique particulière n'était fournie concernant la consommation de poisson; l'utilisation d'oméga 3 sous forme de compléments alimentaires était découragée. Plus de la moitié (59 %) des sujets inclus (n=12 536, âge moyen : 64 ans, un tiers de femmes) avaient présenté un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral et/ou avaient subi une procédure de revascularisation avant l'étude. Les autres patients (en prévention primaire)présentaient un haut risque CV compte tenu des critères d'inclusion.

Plus de 99 % des sujets ont pu être suivis pendant au moins six ans (6,2 ans en moyenne) et l'adhésion au traitement prescrit (omacor ou placebo) était de 96 % à un an, 92 % à quatre ans et 88 % à la fin de l'étude. Le taux de décès d'origine CV, critère principal de jugement, n'a pas été significativement réduit dans le groupe omacor par rapport au groupe placebo (9,1 % vs 9,3 %,; p=0,72). L'étude de sous-groupes n'a pas non plus mis en évidence de bénéfice dans les situations particulières suivantes : taux de triglycérides élevé, consommation initiale faible d'oméga 3, présence d'un diabète à l'inclusion, traitement concomitant (ou non) par l'insuline glargine au cours de l'étude. En outre, l’incidence des évènement CV majeurs (incluant les évènements non fatals) n'a pas été réduite par la prise d'oméga 3 (16,5 % de sujets "touchés" sous omacor, 16,3 % sous placebo). En ce qui concerne les lipides plasmatiques, seul le taux de triglycérides s'est significativement abaissé sous oméga 3 : -14,5 mg/dl par rapport au groupe placebo.

Les auteurs rappellent que les études précédemment positives avaient inclus des sujets malades, peu de temps après un évènement coronaire (étude ouverte GISSI) ou ayant une insuffisance cardiaque (étude en aveugle GISSI-HF). Les oméga 3 pourraient donc n'être efficaces qu'en situation de cardiopathie à fort risque arythmogène. En outre, ils émettent l'hypothèse d'une moindre efficacité des oméga 3 chez les patients ayant un trouble de la glycorégulation, comme cela a déjà été proposé par des résultats de travaux antérieurs.

Malgré les arguments épidémiologiques et les multiples mécanismes mis en avant pour rendre compte d'un effet cardioprotecteur de la supplémentation oméga 3 (effet anti-thrombotique, anti-inflammatoire, hypotriglycéridémiant, action sur la fonction endothéliale...), on doit bien avouer que les preuves de l'intérêt clinique de cette supplémentation se font attendre, et n'arrivent toujours pas...

*acide eicosapentaénoique et acide docosahexaénoique



Dr Boris Hansel


Bosch J et coll. ORIGIN Trial Investigators : n-3 Fatty Acids and Cardiovascular Outcomes in Patients with Dysglycemia. N Engl J Med., 2012; 367(4):309-18.


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