La réputation cardioprotectrice des acides gras oméga 3, y
compris à longues chaînes contenus dans les poissons gras, a été
entachée ces derniers mois par les résultats de plusieurs essais
cliniques et méta-analyses. Ces derniers n'ont pas retrouvé les
bénéfices cardiovasculaires (CV) escomptés d'une supplémentation en
oméga 3, que ce soit en prévention primaire ou secondaire.
Une nouvelle étude prospective et randomisée confirme ces
résultats négatifs. Il s'agit de l'essai clinique ORIGIN dont le
modèle est un plan factoriel 2x2. Son objectif était d'étudier,
chez des patients diabétiques peu traités (prise d'un médicament
antidiabétique oral au maximum, HbA1c< 9 % à l'inclusion) ou
pré-diabétiques (intolérance au glucose objectivée), l'intérêt de
l'insuline glargine et d'une supplémentation en oméga 3 (capsule
d'omacor, apportant au moins 900 mg d'EPA+DHA*) pour réduire
l'incidence des maladies CV. Aucune recommandation diététique
particulière n'était fournie concernant la consommation de poisson;
l'utilisation d'oméga 3 sous forme de compléments alimentaires
était découragée. Plus de la moitié (59 %) des sujets inclus (n=12
536, âge moyen : 64 ans, un tiers de femmes) avaient présenté un
infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral et/ou
avaient subi une procédure de revascularisation avant l'étude. Les
autres patients (en prévention primaire)présentaient un haut risque
CV compte tenu des critères d'inclusion.
Plus de 99 % des sujets ont pu être suivis pendant au moins six
ans (6,2 ans en moyenne) et l'adhésion au traitement prescrit
(omacor ou placebo) était de 96 % à un an, 92 % à quatre ans et 88
% à la fin de l'étude. Le taux de décès d'origine CV, critère
principal de jugement, n'a pas été significativement réduit dans le
groupe omacor par rapport au groupe placebo (9,1 % vs 9,3 %,;
p=0,72). L'étude de sous-groupes n'a pas non plus mis en évidence
de bénéfice dans les situations particulières suivantes : taux de
triglycérides élevé, consommation initiale faible d'oméga 3,
présence d'un diabète à l'inclusion, traitement concomitant (ou
non) par l'insuline glargine au cours de l'étude. En outre,
l’incidence des évènement CV majeurs (incluant les évènements non
fatals) n'a pas été réduite par la prise d'oméga 3 (16,5 % de
sujets "touchés" sous omacor, 16,3 % sous placebo). En ce qui
concerne les lipides plasmatiques, seul le taux de triglycérides
s'est significativement abaissé sous oméga 3 : -14,5 mg/dl par
rapport au groupe placebo.
Les auteurs rappellent que les études précédemment positives
avaient inclus des sujets malades, peu de temps après un évènement
coronaire (étude ouverte GISSI) ou ayant une insuffisance cardiaque
(étude en aveugle GISSI-HF). Les oméga 3 pourraient donc n'être
efficaces qu'en situation de cardiopathie à fort risque
arythmogène. En outre, ils émettent l'hypothèse d'une moindre
efficacité des oméga 3 chez les patients ayant un trouble de la
glycorégulation, comme cela a déjà été proposé par des résultats de
travaux antérieurs.
Malgré les arguments épidémiologiques et les multiples
mécanismes mis en avant pour rendre compte d'un effet
cardioprotecteur de la supplémentation oméga 3 (effet
anti-thrombotique, anti-inflammatoire, hypotriglycéridémiant,
action sur la fonction endothéliale...), on doit bien avouer que
les preuves de l'intérêt clinique de cette supplémentation se font
attendre, et n'arrivent toujours pas...
*acide eicosapentaénoique et acide docosahexaénoique
Dr Boris Hansel
Bosch J et coll. ORIGIN Trial Investigators : n-3 Fatty Acids
and Cardiovascular Outcomes in Patients with Dysglycemia. N Engl J
Med., 2012; 367(4):309-18.
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