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GRANDES ETUDES

Trastuzumab-Emtansine : une association prometteuse dans les cancers du sein HER2 positif

Publié le 23/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir


L'amplification du récepteur de croissance humain épithélial 2 (HRE2) est retrouvée  dans environ 20 % des cancers du sein. Elle est, en soi, un facteur de mauvais pronostic. L'association d'agents anti- HER2 et d'anticancéreux, tels que tratuzumab et taxanes ou encore lapatinib et capécitacine, a, de fait, donné des résultats encourageants dans les formes avancées  localement et/ ou métastatiques de cancer du sein.

Le trastuzumab-emtansine (T-DM1) incorpore, dans une même molécule, solidement unis, le trastuzumab, anti corps dirigé contre HER2 et un agent cytotoxique, le DM1, dérivé de la myatansine, inhibiteur des micro tubules. Un tel complexe thérapeutique permet de cibler plus spécifiquement les cellules malignes surexprimant HER2  en évitant les effets collatéraux sur les tissus sains et en améliorant l'index thérapeutique.

Neuf cent quatre-vingt onze patientes incluses dans EMILIA

Une étude de phase 3,  nommée EMILIA,  a comparé l'efficacité et la tolérance de T-DM1 versus l'association lapatinib-capécitabine dans les formes évoluées de cancer du sein HER2 plus, non réséquables, localement avancés et/ ou métastatiques, déjà traités par au moins une ligne de chimiothérapie, dont trastuzumab-taxanes. Après obtention d’un consentement écrit, une stratification a été effectuée en fonction de l'origine géographique des patientes, du nombre de lignes de chimiothérapies préalables et du caractère viscéral ou non de l’envahissement néoplasique, puis une randomisation en deux groupes, l'un recevant le T-DM1, l'autre l'association lapatinib-capécitabine.

Le critère principal de l'étude consistait en l'appréciation, par des examinateurs indépendants, de la survie sans progression appréciée  selon les critères RECIST modifiés  (Response Evaluation Criteria in Solid Tumors) depuis la date de la randomisation jusqu' au décès, toutes causes confondues ainsi qu'en l'évaluation de la tolérance. Les autres critères retenus étaient le suivi sans progression apprécié par les investigateurs, le taux de réponses objectives et leur durée, le délai avant progression symptomatique, avec une perte de 5 points ou plus  de l'index FACT-R (Functionnal Assesment of Cancer Therapie-Breast TO1).

Les patientes éligibles à l'essai EMILIA présentaient toutes un cancer du sein HER2 positif, non opérable, globalement avancé, ayant progressé lors des 6 mois suivant une ligne de chimiothérapie associant trastuzumab-taxanes. L'autre critère d'éligibilité majeur  était une fonction ventriculaire gauche (FEVG) satisfaisante, d'au moins 50 % et un état général conservé (coté 1 à 2 selon le score ECOG). Les critères d'exclusion étaient un traitement précédent par t-DM1, lapatinib ou capécitabine, une neuropathie sévère de grade 3 ou plus, des métastases du système nerveux central, des antécédents d'insuffisance cardiaque congestive, de troubles du rythme graves, d'infarctus myocardique ou d'angor instable dans les 6 mois précédant la randomisation.

Dans le bras contrôle a été administré du lapatinib per os à la dose de 1 250 mg/j et de la capécitabine, également oralement, à la dose de 1 000 mg/m2 toutes les 12 heures (la dose maximale étant 2 000 mg/m2) du 1er au 14ème jour de cycles de 21 jours. En fonction de la tolérance, des réductions ultérieures de posologie étaient possibles. Les patientes du bras T-DM1 ont reçu 3,6 mg/kg par voie veineuse tous les 21 jours avec, là encore une réduction possible à 3, voire 2,4 mg/kg si nécessaire. Un bilan a été effectué toutes les 6 semaines avec contrôle de la FEVG toutes les 6, puis toutes les  12 semaines.

Au cours de l'essai, effectué en intention de traiter, il a été procédé à 2 analyses intermédiaires dont la première à la 580ème patiente.

Ainsi, de Février 2009 à Octobre 2011, 991 malades ont été enrôlées, dans 213 centres répartis dans 26 pays différents ; 496 ont été incluses dans le bras lapatinib plus capécitabine, les 495 autres dans le bras T-DM1. Les 2 groupes étaient similaires au début de l'essai. La durée moyenne du suivi a été de 19 mois.

Augmentation significative de la survie globale sous trastuzumab-emtansine

Le traitement par T-DM1, évalué par des examinateurs indépendants, a amélioré grandement la survie sans progression néoplasique, passant de 6,4 mois  sous lapatinib- capécitabine à 9,6 mois sous T-DM1 (soit un risque relatif, HR, de 0,65 ; 0,55- 0,77; p < 0,001). Ce gain a été observé dans tous les sous groupes de l'étude  bien que le bénéfice thérapeutique soit moins net chez les patientes de plus de 75 ans et chez celles dont l'atteinte néoplasique n'était ni viscérale ni quantifiable. A la 1ère analyse intermédiaire, le risque relatif était de 0,62 en faveur du T-DM1. A la 2ème analyse, il est apparu clairement qu'un traitement par T-DM1 augmentait significativement la survie globale, de 25,1 mois à 30,9 mois (HR à 0,68). Le taux de survie, calculé à 1 an, a été respectivement de 85,2 %  vs 64,7 %. A 2 ans, il était de 78,4 % vs 51,8 % en faveur du T-DM1. On a constaté les mêmes tendances favorables pour les critères secondaires : amélioration de l'intervalle libre sans progression apprécié par les investigateurs (9,4 mois vs 5,8),taux de réponse objective plus élevé sous T-DM1 (43,6 vs 30,8 %),durée moyenne de réponse plus longue (12,6 vs 6,5 mois) et enfin, plus long délai avant une baisse significative de 5 points ou plus de l' index FACT-B TOI ( 5,7 vs 4,6 mois).

Durant l'essai, une réduction des posologies a été nécessaire chez respectivement, 27,3 % des patientes sous lapatinib, 53,4 % sous capécitabine et 16,3 % de celles sous T-DM1. Globalement,  des effets secondaires notables ont été déplorés chez 18 % des malades sous lapatinib-capécitabine face à 15,5 % sous T-DM1. Pour ces dernières, il s'agissait, pour les effets toxiques de grade 3 ou 4, de thrombocytopénies (13,9 %), d'élévation des aspartate amino-transférases (4,3 %) ou des alanine amino- transférases (2,9 %). En cas d'association lapatinib- capécitacine, on notait préférentiellement des diarrhées et des dysesthésies palmo-plantaires. L'incidence des hémorragies de grade 3 ou 4 a étérespectivement de 1,4 et 0,8 %. Dans la grande majorité des observations, la FEVG s’est maintenue  durant l’étude à plus de 45 % (respectivement chez 97,1 % des patientes sous T-DM1 et 93 % de celles de l' autre bras). Seule, une malade a développé une dysfonction ventriculaire gauche sévère durant le suivi.

Cinq décès ont été en rapport avec le protocole de soins : 1 seul sous T-DM1, 4 dans l'autre groupe.

En conclusion, ce large essai de phase 3 montre que l'apport, sous forme unique, d'un complexe stable d'anti HER2 et d'un cytotoxique améliore significativement, par rapport à l'association lapatinib-capécitabine, le délai sans progression et la survie globale de patientes porteuses d'un cancer du sein HER2 plus, localement avancé ou métastatique et ayant déjà reçu une ligne de chimiothérapie par association trastuzumab-taxanes. Il est probable que la délivrance  directement au niveau des cellules HER2 contribue à améliorer l'index thérapeutique, avec moins d'effets secondaires et un bénéfice persistant, même après réduction des doses administrées.

Ainsi est confirmé le large potentiel thérapeutique du T-DM1 dans une population très hétérogène de cancers du sein HER2 positif, à un stade avancé de la maladie néoplasique.



Dr Pierre Margent


Verma S et coll. : Trastuzumab Emtansine for HER2- Positive Advanced Breast cancer. N Engl J Med.2012; publication avancée en ligne le 1er octobre.


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